ESPACE SAINT-MICHEL

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Cinéma Espace Saint-Michel
  
PROGRAMME DE LA SEMAINE
Les films commencent 10 minutes après l'heure indiquée (sauf exceptions précisées)
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LE FILS de Alexander ABATUROV

SORTIE NATIONALE : 29 Mai 2019

1h11 – France, Russie – 2018

 

SYNOPSIS

Le réalisateur nous plonge dans l’univers clos des futures Spetsnaz, unités d’élite de l’armée russe, sur les pas de son cousin Dima : la vie et les étapes de formation des jeunes recrues, dévouées corps et âmes à la patrie, de leur parcours du combattant dans la boue, aux manœuvres en forêt entre explosions et rafales jusqu’à l’examen final pour devenir béret rouge. En parallèle, les parents de Dima affrontent le vide laissé par son absence.

QUELQUES MOTS DU REALISATEUR

Le 23 mai 2013, mon cousin est mort. Lorsque j’ai appris la nouvelle, j’étais loin, je n’ai pas pu être auprès de ma famille, ni assister à l’enterrement. Au téléphone, ce sont ses parents qui me réconfortaient, et non le contraire. Sa mère m’a dit : " Maintenant, tu dois faire un film ". Je crois qu’elle me l’a dit pour me soutenir, pour me changer les idées, m’occuper l’esprit. Pourtant, je me suis raccroché à ça. Finalement, c’était la seule chose que je puisse faire. Faire un film à la mémoire de mon cousin, celui que j’appelais toujours mon petit frère. Mais je ne peux pas juste m’arrêter là. La perte de Dima n’est pas simplement un accident dû au hasard de la vie : elle est la conséquence d’un ensemble de choses. Elle est le résultat d’une guerre civile qui se nourrit d’une haine ordinaire entre voisins dans une spirale de violence.

L’éclatement de l’URSS en 1991 provoque une vague de conflits territoriaux, politiques et sociaux. Certains territoires obtiennent l’indépendance politique, mais un climat tendu demeure. En soi, ces changements sollicitent une présence considérable de l’armée en territoire russe. Aucune génération n’est épargnée par la guerre. Elle fait partie intégrante du quotidien. Dans cette culture militariste, le service militaire est obligatoire. Pour la majorité il est à éviter alors que d’autres y trouvent une certaine excitation. À travers les générations, une image valorisante du soldat continue à circuler.

C’est le chemin qu’a décidé de suivre Dima, mon cousin. Avec ce film, je souhaite redonner un visage à ces gens, à mon cousin, alors que l’armée les efface. Sans transfigurer la réalité, j’essaye de rendre compte du quotidien de ces jeunes soldats. En parallèle, la mère et le père de Dima vivent le deuil de leur fils marqué par des instants de silence et de réflexion en réaction constante avec le quotidien bruyant et brutal de l’armée.

En suivant ce double mouvement, je cherche à retracer cette partie de la vie de Dima, celle que je ne connaissais pas réellement auparavant. La dernière fois que j’ai vu Dima, alors que j’allais de nouveau partir à l’étranger et lui pour sa dernière mission, nous avons regardé The Thin Red Line de Terrence Malick. Je lui ai demandé ce qu’il en avait pensé. Non, ça ne lui avait pas plu. La voix-off, mélancolique, évoquait sans arrêt la mort. " Il est jeune lui, et encore vivant. Pourquoi il ne parle que de la mort ? Il faut qu’il profite un peu du temps qu’il a " m’a-t-il dit. " Full Metal Jacket, ça je comprends, ça c’est un film, mon préféré ". Je n’ai donc pas voulu faire un film trop sérieux, ni un film tire-larmes même s’il est difficile de me retenir.

Alexander Abaturov


ENTRETIEN AVEC LE REALISATEUR

Quelle est la genèse du film ?

Le 23 mai 2013, j’ai appris la mort de mon cousin Dima. J’étais de passage à Lussas quand j’ai reçu cette triste nouvelle. J’ai appelé mon oncle et ma tante et ce sont eux qui m’ont consolé ! Ma tante a compris que j’étais en état de choc et pour m’aider à surmonter cette épreuve, elle m’a suggéré d’en faire un film. J’estimais que c’était trop difficile et je pensais que j’en étais même tout à fait incapable. À mesure que le temps passait, je me suis raccroché à ce projet qui m’a permis de canaliser mes émotions et d’exercer mon art. Je ne m’étais jamais imaginé filmer ma famille un jour. Ce sont les aléas de l’existence qui m’ont amené à le faire. C’était important, pour moi, de garder un regard d’amour et de tendresse sur ma famille, tout en évitant d’emmener le spectateur là où il n’était pas à sa place.

Combien de temps ont duré le tournage et le montage du film ?

La fabrication du film a pris quatre ans, en comptant une année de montage et un tournage qui s’est réparti entre 2014 et 2016. C’est un film fait avec des amis, pour la famille. Il m’a fallu être accepté dans cette communauté de militaires qui est très fermée.

Comment avez-vous pu placer votre caméra au sein de la Spetsnaz ?

En mémoire de Dima, des gens ont accepté de nous aider à faire ce film, tout en nous protégeant des FSB (Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie) qui n’appréciaient pas ma démarche. Après, il a fallu obtenir des autorisations de hauts gradés. Mon oncle et ma tante, qui sont des personnes droites et respectées, ont intercédé auprès d’eux. C’est surtout grâce à ma complicité avec les jeunes soldats que les portes se sont ouvertes. Nous avons partagé un quotidien éprouvant, dormi sous les mêmes tentes, dans la forêt, sous la pluie, marché des kilomètres avec des sacs sur le dos. Le mien était rempli de matériel. J’ai souhaité filmer ces moments-là seul, pour garder cette proximité avec eux. Pour d’autres séquences, j’ai fait appel à un chef operateur, un ami proche avec qui j’avais fait mon premier film "Les Âmes dormantes".

Comment êtes-vous parvenu à maintenir la bonne distance par rapport à votre sujet, tout en choisissant de faire un film en immersion ?

J’ai choisi de raconter l’histoire de mon cousin Dima. Or, j’en savais peu sur cette période de sa vie dans l’armée. Il me racontait peu de détails. Nous avions des visions différentes sur le sujet. Nous respections cependant la position de l’un et de l’autre. C’est ainsi que l’on fonctionne dans ma famille.

Vous adoptez la position neutre de l’observateur, en enregistrant le quotidien des recrues. Pensez-vous que votre film puisse toutefois être interprété comme à charge contre l’armée ?

Je me suis présenté devant les soldats avec respect. Je débarquais dans un monde qui m’était étranger et mon point d’accroche était ces personnes que je regardais. Je les voyais également un peu comme mes cousins. Ils devenaient Dima et réciproquement. Cela a influencé mon regard sur eux et c’était la position la plus juste à adopter, selon moi. J’ai choisi d’observer ces jeunes avec indulgence et sans jugement. C’est le système en lui-même, celui qui depuis leur enfance les met dans ce rôle de guerrier, que je rejette.

La scène d’ouverture, qui place le spectateur au milieu des jeunes recrues, implique physiquement le spectateur. Pourquoi commencer le film de cette manière ?

Je ne pensais pas, initialement, à un dispositif immersif. Avec ma caméra je voulais saisir des bribes de vie. J’ai essayé de composer avec cette matière au moment du montage. J’aime beaucoup cette étape dans la fabrication du film. C’est à ce moment-là que le film s’écrit. Chaque plan est une phrase que j’articule.

Il y a plusieurs régimes d’images dans le film. Des plans très physiques, caméra à l’épaule alternent avec des cadres plus stables qui accompagnent les entraînements. Pourquoi ?

J’ai beaucoup réfléchi à la manière de filmer les séquences d’action. L’idée était de ne pas faire de belles images, à la gloire de l’armée mais d’être au plus près des soldats, pour ressentir leurs émotions et leurs sensations. Pour cela, il faut courir avec eux. Le jour des épreuves physiques, j’ai fait appel à un second chef opérateur assez costaud physiquement et qui pouvait suivre. J’ai également utilisé un stabilisateur pour filmer ces séquences. Le tournage a été extrêmement physique. Mon film parle de la vie et de la mort : deux instances physiques. Il était donc essentiel de faire un film incarné et de tisser des liens entre le corps de Dima et toutes ces personnes.

La scène où les parents endeuillés reçoivent les proches, à l’occasion des funérailles de leur enfant est belle et cruelle à la fois. Une femme enceinte parle du fils qu’elle attend. Vie et mort cohabitent dans cette séquence.

Lorsqu’on se retrouve dans une situation pareille, cela pose des questions. C’est le cycle de la vie et de la mort qui s’exprime. Heureusement, il y aura d’autres fils. Ils vivront, je l’espère, des existences longues et magnifiques. Mon oncle et ma tante ne connaîtront jamais le bonheur d’avoir des petits-enfants. Cette coexistence de la vie et de la mort est à la fois triste et belle. Le plan se referme sur toutes ces femmes que je voulais saisir dans le même cadre avec ma tante, au centre, qui est un peu comme une figure de sainte pour moi.

La scène où le sculpteur modèle le visage de la statue qui représente le fils est bouleversante. Il aplanit une bosse au-dessus des paupières pour que la ressemblance soit plus flagrante avec le modèle original. Mais ce faisant, il craint de lui fermer les yeux. En somme, de le faire mourir une seconde fois...

Cette séquence minimaliste dit énormément à travers ces images quasiment sans parole. Beaucoup de scènes ont surgi sans que je m’y attende. Par exemple, ce moment où mon oncle tombe sur l’ouvrier qui prépare la tombe de Dima. Cet homme aussi avait perdu son fils. J’ai eu du mal à sortir la caméra à ce moment précis pour tourner. La statue de Dima est née d’une très belle initiative au départ. Les soldats de son unité ont rassemblé de l’argent pour faire ériger cette statue. Cependant, ils ont imposé aux parents de suivre le processus de fabrication, chose extrêmement douloureuse pour eux. Cet hommage s’est avéré encore plus difficile à vivre pour la famille. Dans leur regard s’exprime l’impossibilité de retrouver leur fils. Les parents le cherchent dans cette statue, mais ce n’est pas lui.

Là où l’on s’attend à une enquête sur les circonstances de la mort de votre cousin, vous vous attachez surtout à montrer un processus de deuil impossible...

Ce n’était pas une enquête mais une quête pour moi. J’ai trouvé mes réponses. Elles ne sont pas toutes dans le film. J’en ai gardées quelques-unes pour moi. Personnellement, je voulais savoir ce qui s’était passé. Je voulais connaître l’univers de Dima, savoir ce qu’il avait vécu de 18 à 21 ans dans l’armée. Quelles sont ces opérations anti-terroristes au Caucase du nord ? Qui combat-on ? Pourquoi ? J’ai vu comment l’armée transforme les jeunes recrues et essaie de gommer leurs personnalités. J’étais heureux de découvrir qu’elle n’y parvient pas et qu’on trouve toujours des individualités sous les uniformes.

BIOGRAPHIE

Alexander Abaturov est né en 1984 en Russie. Diplômé de l’Université de Gorki, il devient journalise à l’issue de ses études. En 2010, il arrive en France et rejoint le Master en réalisation documentaire de création à l’école documentaire de Lussas. En 2013, il réalise son premier film documentaire, "Les Âmes dormantes", qui est sélectionné dans de nombreux festivals et primé au Festival Cinéma du Réel (Prix de l’Institut français). "Le Fils" est son premier long-métrage documentaire.

DISTRIBUTEUR : NOUR FILMS 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 


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LES DEUX SALLES SONT ÉQUIPÉES EN NUMERIQUE 4K

Programmation du cinéma du 10 au 16 Juillet 2019

SALLE 1

MARIUS de Marcel PAGNOL - (VOF)
Mercredi, Samedi, Mardi : 13h30, 20h30
Jeudi, Dimanche : 18h15
Vendredi, Lundi :
15h45

FANNY de Marcel PAGNOL - (VOF)
Mercredi, Samedi, Mardi : 15h45
Jeudi, Dimanche :
13h30, 20h30
Vendredi, Lundi :
18h10

CESAR de Marcel PAGNOL - (VOF)
Mercredi, Samedi, Mardi : 18h00
Jeudi, Dimanche :
15h45
Vendredi, Lundi :
13h15, 20h30

SALLE 2


LA GRAND-MESSE de Méryl FORTUNAT-ROSSI et Valéry ROSIER - (VOF)
Tous les jours: 13h10 (sauf jeudi, samedi et mardi), 15h50, 20h15

Jeudi 11 Juillet, séance de 20h15 suivie d’un débat en présence du réalisateur Méryl Fortunat-Rossi.

ANNA, UN JOUR de Zsofia SZILAGYI - (VOSTF)
Tous les jours: 18h30, 21h30 (sauf vendredi, samedi)

PERMACULTURE, LA VOIE DE L’AUTONOMIE de Carinne COISMAN et Julien LENOIR - (VOF)
Tous les jours: 14h30, 17h10

VILLE NEUVE de Félix DUFOUR-LAPERRIERE - (VOF)
Jeudi, Samedi, Mardi: 13h05

J’VEUX DU SOLEIL de Gilles PERRET et François RUFFIN - (VOF)
Samedi : 21h30

LE FILS de Alexander ABATUROV - (VOSTF)
Vendredi : 21h30