ESPACE SAINT-MICHEL

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Cinéma Espace Saint-Michel
  
PROGRAMME DE LA SEMAINE
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VIENNE AVANT LA NUIT de Robert BOBER

SORTIE NATIONALE : 29 Novembre 2017

1h20– France, Autriche, Allemagne – 2016


SYNOPSIS

Le documentariste Robert Bober ravive la mémoire de son arrière-grand-père parti de Pologne pour s’installer dans une Vienne moderne et cosmopolite, celle de Stefan Zweig, Joseph Roth, Arthur Schnitzler, à la veille de la montée en puissance du national-socialisme qui mettra fin à cette capitale culturelle.

Un double portrait très émouvant pour évoquer une quête d’identité au caractère universel.

LE TESTAMENT DE WOLF LEIB FRANKEL

Pourquoi sortons-nous si bouleversés de cette évocation d’une Vienne qui s’est depuis longtemps perdue dans la nuit ?

La texture de ce film-essai si singulier y est bien sûr pour quelque chose : une texture où les mots et les images font corps, cousus par la voie douce de Robert Bober, une texture faite de promenades dans la Vienne d’aujourd’hui, de photographies de famille, de dessins naïfs et de peintures d’art brut, de propos lumineux et graves (ceux de l’auteur lui-même ou ceux des grands auteurs viennois qui font entendre tour à tour leur petite musique), de cafés (viennois, évidemment), de tombes livrées aux biches et aux piverts. Une texture qui n’a de cesse d’entrecroiser avec dextérité, séquence après séquence, les fils de l’Histoire (" avec sa grande hache ", disait Perec) et de l’histoire familiale de Bober. On peut bien entendu tenter ici d’en démêler les principaux fils, mais on ne rendra pas compte de la magie qui constamment les noue et de la rare qualité d’émotion que cela produit.

Arrêtons-nous plutôt sur l’une des séquences-clés : elle pourrait s’intituler " autobiographie de mon arrière-grand père " (on y trouve en effet comme un écho lointain de l’Autobiographie de mon père, de Pierre Pachet, qui vient de nous quitter).

Nous sommes au Prater, dans un petit train imaginaire, analogue à celui reconstitué par Max Ophuls dans Lettre d’une inconnue, film lui-même adapté d’une nouvelle de Stefan Zweig. Bober se projette dans ce même petit train de carton-pâte, regardant défiler par la fenêtre du compartiment la jeunesse de Wolf Leib Frankel, son arrièregrand père, à Przemysl, son village natal en Pologne. Et c’est alors qu’un miracle tout cinématographique se produit : la voix over de Wolf Leib Frankel vient nous conter en yiddish et à la première personne comment il apprit à fabriquer des chandeliers en observant les gestes du métier, comment il rencontra son épouse Feiga et fonda une grande famille puis, après plus de cinquante ans passés à Przemysl, comment il rêva de partir en Amérique avant d’être refoulé in extremis à Ellis Island et de revenir à Vienne…

Comme René Allio évoquant son grand-père marseillais dans L’Heure exquise, Robert Bober parvient ainsi à nous rendre proche et sensible le quotidien d’un homme modeste et pieux, d’un être qui n’aurait sans doute pas laissé de traces si son arrière-petit fils ne s’était soucié un jour d’en faire un personnage de film. Car c’est bien le film tout entier qui aspire à faire revivre, avec une tendresse infinie, ce que fut le passage sur terre de cet aïeul que Robert Bober n’a certes pu connaître, mais qu’il ne veut cependant pas oublier, ne serait-ce que par fidélité aux membres de sa famille qui disparurent dans la Shoah. " Etre juif, écrivait Victor Klagsbald, c’est être responsable de son ascendance, s’inscrire dans une généalogie. " Encore fallait-il relever cinématographiquement ce défi en allumant le chandelier " au bon endroit " et à bon escient.

Mais si Bober part en quête de ses racines, ce n’est pas seulement, on s’en doute, par piété filiale. Le titre du film le dit joliment : cette recherche du temps perdu est celle de " Vienne avant la nuit ". Alors revenons à Vienne, la ville de Stefan Zweig, de Joseph Roth, d’Arthur Schnitzler, de Thomas Bernhardt, mais aussi le lieu de la romance entre Kafka et Milena, ou encore de La Ronde de Max Ophuls qui ouvre le bal des citations dès les premières mesures du film. Pour le cinéaste-écrivain, qui est aussi un fin lecteur (faut-il rappeler ici sa complicité avec Pierre Dumayet ?), la mémoire des lieux est hantée par leurs fantômes : pour le révéler, il suffit de les (faire) écouter. Toute l’âme du monde d’hier tient dans ces bribes de réflexion qui accompagnent les déambulations du cinéaste dans la ville, à l’image de ce merveilleux éloge du café puisé chez Peter Altenberg : " Tu as des soucis (…), tu es au bout du rouleau, va au café ". Mais on peut douter que la Vienne d’aujourd’hui soit désireuse de cultiver cette mémoire :il n’a pas échappé à Robert Bober qu’"A Vienne, Schnitzler n’a de statues nulle part, ni de rue portant son nom. Juste une tombe au cimetière ". Dans cette capitale d’un Empire jadis si accueillant pour les Juifs, l’antisémitisme aussi peut être compté au nombre des spécialités viennoises, avec ces " bâtons de promenade " dont les pommeaux étaient sculptés de têtes caricaturant des Juifs.

Un antisémitisme au demeurant ancré dans la cité dès la fin du XIXe siècle : quand les Lumière inventèrent le Cinématographe, ils envoyèrent l’un de leurs opérateurs filmer le Ring ; mais ce que cette vue Lumière ne dit pas et que Bober rappelle, c’est que les Viennois avaient alors élu un maire ouvertement antisémite, Karl Lueger, qui fut l’un des inspirateurs et des modèles d’Hitler. Et si la suite est davantage connue, l’Histoire ne semble pas avoir été transmise : distribuant aux habitués du Café Central des facs-similés des journaux relatant l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie, Robert Bober ne peut qu’enregistrer leur indifférence à ce retour du refoulé (pour parler comme un autre Viennois célèbre), à l’exception d’un jeune couple manifestement plus concerné et qui console le cinéaste, le temps d’un plan, de cette amnésie générale !

Au terme de cette plongée à hauteur d’homme dans ce qui fut la capitale de la culture européenne, on comprend alors que ce film-testament, où Robert Bober a mis tant de lui-même, nous parle aussi de nous et de notre présent.

BIOGRAPHIE DE ROBERT BOBER

Robert Bober est né le 17 novembre 1931 à Berlin.En août 1933, la famille Bober fuit le nazisme et s’installe à Paris.Il quitte l’école après le certificat d’études primaires.Il a été successivement tailleur, potier, éducateur, assistant de François Truffaut.

Réalisateur à la télévision depuis 1967, auteur de plus de cent films documentaires, il a obtenu le Grand Prix de la SCAM 1991 pour l’ensemble de son oeuvre.

 

DISTRIBUTEUR : VENDREDI DISTRIBUTION



 


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LES DEUX SALLES SONT EQUIPEES EN NUMERIQUE 4K

Programmation du cinéma du 22 au 28 Novembre 2017

SALLE 1

LA EDUCACION DEL REY de Santiago ESTEVES - (VOSTF)
Tous les jours : 15h15, 17h00, 20h25, 22h10
Mercredi, Samedi, Dimanche, Mardi : 13h30

L’ORAGE AFRICAIN de Sylvestre AMOUSSOU - (VOF)
Tous les jours : 18h45

Samedi 25 novembre : Séance de 18h45 suivie d’un débat avec le réalisateur du film, Sylvestre Amoussou.

SALLE 2

KHIBULA de George OVASHVILI - (VOSTF)
Tous les jours : 14h25, 18h20, 20h10 (sauf mardi), 21h55
Mercredi, Lundi, Mardi : 12h40

DERRIERE LES FRONTS de Alexandra DOLS - (VOSTF)
Tous les jours : 16h15
Jeudi, Vendredi, Lundi : 13h10

Samedi 25 novembre : Séance de 16h15 suivie d’un débat en présence de la réalisatrice et de Sbeih Sbeih, docteur en Sociologie, spécialitse de l’aide internationale du développement et la professionnalisation des ONG en Palestine. Chercheur IREMAN à l’université Aix-Marseille.

Dimanche 26 novembre : Séance de 16h15 suivie d’un débat en présence de Omar Slaouti, militant de la campagne B.D.S (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), débat animé par Ady Seddik, interprète sur le film.

L’ASSEMBLEE de Mariana OTERO - (VOF)
Jeudi, Vendredi : 12h40
Mardi : 20h10

VA, TOTO ! de Pierre CRETON - (VOF)
Samedi : 12h45

KALACHAKRA, L’EVEIL de Nathalie FUCHS - (VOSTF)
Dimanche : 12h55