ESPACE SAINT-MICHEL

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Cinéma Espace Saint-Michel
  
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CHUT… ! d’Alain GUILLON et de Philippe WORMS

SORTIE NATIONALE : 26 Février 2020

1h35 – France – 2019

 

SYNOPSIS

Montreuil, Seine-Saint-Denis. Dans une société où tout est marchand, où le temps est compté, il existe un lieu de gratuité et de rencontre où l’on combat les inégalités et la violence sociale, la bibliothèque de mon quartier. Sans bruit, joyeusement, il se fabrique ici quelque chose d’important, d’invisible au regard pressé ou comptable : l’élaboration d’un nouveau contrat social.

PRESENTATION

Dans une société où tout est marchand, où le temps est compté, où la transmission est dévalorisée, il existe ce lieu de gratuité et de rencontre où se croisent toutes sortes de gens, de cultures, de pratiques, où l’on cherche à combattre sans cesse les inégalités et la violence sociale, un endroit de partage, un refuge, une île. Ce lieu, c’est une bibliothèque municipale et c’est là que nous avons posé notre caméra pendant une année.

A la bibliothèque de Montreuil, une équipe passionnée a créé les conditions d’un accueil universel, généreux, sans distinctions. Une multitude de coins, de recoins, accueillent toutes sortes de gens, d’occupations, de vies qui viennent se réfugier là. La bibliothèque est un refuge. Les problèmes de chacun ne cessent pas en entrant ici, mais ils sont comme suspendus, laissés au dehors, pour partager des moments sans lutte et sans violence, sans échec.

La bibliothèque est l’endroit des mots, de la langue… De la culture, mais d’une culture plurielle, polymorphe, ouverte, attentive et curieuse. Une bibliothèque attentive au monde. Sans bruit, il se fabrique ici quelque chose d’important, d’invisible au regard pressé ou comptable : l’élaboration d’un nouveau contrat social. Enfin, la bibliothèque est le lieu de l’imaginaire. Tout ici est fait pour laisser à chacun son droit à l’imaginaire. Là réside peut-être l’étrange singularité de ce lieu. Le rêve n’est jamais loin. Et comme le dit Alice aux pays des merveilles : " Si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? ". C’est sans doute ce qui s’invente à la bibliothèque de Montreuil, un nouveau monde. Et c’est ce que nous avons voulu filmer.

Alain Guillon, Philippe Worms

ENTRETIEN AVEC LES REALISATEURS

ABF : Comment est née l’idée de ce film ?

Alain Guillon : Un peu par hasard, comme souvent les films. J’ai toujours fréquenté assidûment les bibliothèques, partout dans le monde. Dans celle de mon quartier, à Montreuil, je tombe un jour sur une petite affiche " atelier de conversation, venez parler français sans contraintes ". Il y avait à ce moment-là en France de grands débats sur l’intégration, l’assimilation etc. Pour moi qui ai beaucoup vécu à l’étranger, je sais que l’intégration

passe d’abord par l’apprentissage de la langue. Et partout où j’ai vécu, les bibliothèques ont joué ce rôle-là. Je décide d’aller à cet atelier, comme ça, pour participer. Il y avait une belle femme turque, émerveillée par la mise à disposition de tant de culture, énervée chaque fois qu’un homme parle religion ; un serbe, une masse de muscle qui ferait peur le soir dans une rue sombre, mais avec un sourire d’enfant d’une grande douceur ; un jeune malien qui passait son temps devant les écrans de la salle internet - c’était la guerre là-bas ; deux jeunes Ukrainiennes qui jouaient sans arrêt avec leur téléphone portable, une marocaine qui parlait sans cesse du manque de sa famille et de son pays, une veuve en noir qui s’exprimait dans un sabir incompréhensible de français et d’espagnol. En fait, c’est là qu’est né le projet de ce film, dans cette Babel improbable. Je me suis dit qu’il se passait quelque chose à cet endroit, c’était comme un résumé du monde avec, en toile de fonds, comme une cartographie des conflits de la planète.

Philippe Worms : Alain m’a parlé de ça un jour ; on avait déjà travaillé plusieurs fois ensemble. On est parti juste sur une intuition ; l’intuition qu’il se fabrique quelque chose dans cet endroit, quelque chose d’invisible au regard pressé ou comptable, comme une sorte d’antidote de ce qui se passe au-dehors. Et c’est pour cela que c’est le lieu d’un film. On a rencontré les gens de l’équipe et on a commencé à regarder autour de nous, les personnes qui viennent là, pas toujours pour prendre des livres, les ateliers, etc. On a commencé comme ça, avec des intuitions, juste le soutien d’une télévision locale, TVM, et un producteur Matthieu Lamotte qui nous a fait confiance.

AG : Il y avait aussi l’idée de faire un film " de crise ". D’abord parce qu’on se doutait qu’on n’aurait pas beaucoup de moyens ; mais aussi parce qu’on voulait prendre notre temps, s’offrir le " luxe " du temps, d’un regard attentif et bienveillant sur la manière dont on lutte à cet endroit contre la violence du monde.

ABF : Comment s’est organisé le tournage ? et comment avez-vous choisi de filmer certains aspects de l’activité de la bibliothèque plutôt que d’autres ?

AG : Moi je suis cadreur et j’ai une caméra ; Philippe a fait du montage. On s’est réparti le travail, moi plutôt le tournage, lui le montage, avec une manière de fonctionner très souple et qui convenait bien au projet. Assez vite, Victor Borja est venu me rejoindre comme assistant. On a tourné sur une année entière ; pas tous les jours bien sûr, mais souvent. Je me suis quasiment installé à la bibliothèque. Petit à petit s’est construit une grande complicité avec toute l’équipe. Tous les matins, j’allais voir Annabelle - qui s’occupe du planning - et je demandais : alors, qu’est-ce qui se passe aujourd’hui ? J’étais " embedded " comme on dit dans les journaux.

PW : Il n’y avait rien de défini au départ. Le film s’est vraiment construit au fur et à mesure du tournage. On peut dire qu’on s’inscrit dans un style qu’on appelle le " cinéma direct ". On a bien sûr observé longtemps avant de commencer à tourner. On avait des intuitions, des envies, mais après on attend de voir ce qui se passe devant la caméra. Il faut être très réactif. Et on est toujours surpris, remué, bouleversé parfois par ce qui se présente à nous.

AG : Nous avons deux regards assez complémentaires, Philippe et moi. Je suis plutôt instinctif, il est plus construit. Donc on parlait beaucoup de ce qu’on voyait. Je crois que ce qui nous a guidé, c’est le rôle social des bibliothèques aujourd’hui. Quand j’étais petit, c’était la MJC qui jouait ce rôle, maintenant c’est la médiathèque. Il y a dans cet endroit un truc un peu magique, en premier lieu y faire entrer des gens qui pensent qu’une bibliothèque c’est pas pour eux, ce n’est pas leur place.

PW : L’indignité, la transparence, l’invisibilité sociale, économique, culturelle, toutes les formes de discrimination… dans ce lieu, on lutte contre ça, et c’est tout ce travail qu’on a voulu montrer. Il y a comme une correspondance entre ce qui se fait ici, dans cette bibliothèque, et le travail du cinéma documentaire : donner leur place à des individus, à leur histoire, à leur culture.

AG : On s’est tout de même donné quelques règles au départ. Par exemple, le film est entièrement tourné sur un seul lieu, c’est un huis-clos. Il y a le monde du dehors, avec sa violence, et celui du dedans. Philippe appelait ça " le refuge ". L’extérieur est toujours vu depuis l’intérieur, jamais l’inverse.

PW : Oui, et ça s’est retrouvé dans le montage. Avec Anne- Laure Viaud, qui s’est engagée sur ce montage complexe, chaque fois qu’on a essayé de mettre des séquences qu’on avait tourné ailleurs, ça ne marchait pas. Après, ce qui nous a guidé, ce sont aussi les personnages qu’on a rencontrés. Anna par exemple, une jeune fille du club de lecture des ados qui dessine des yeux sans visage, Bobby, un marginal qui vient toujours sur les postes informatiques… on ne va pas vous dévoiler tout le film, mais on a rencontré des gens incroyables qui viennent tous là avec leur univers, leurs rêves.

ABF : Quel est l’aspect du métier qui vous a le plus surpris ?

AG : Moi je suis admiratif devant l’implication des équipes. Vous savez, on est dans un pays où il est de bon ton de critiquer la fonction publique. Qu’ils viennent voir, les grognons ! on a des gens qui font un travail formidable et qui ne comptent pas leur énergie. Un des moments du tournage qui m’a le plus ému, ce fut le 8 mars, pour " la journée de la femme ". Deux des bibliothécaires avaient organisé une rencontre avec une association de femmes d’un quartier très populaire de la ville - et il y avait quelques hommes aussi - en grande majorité africains, beaucoup de femmes étaient voilées. Et on leur a présenté un film sur Niki de Saint-Phalle. La discussion s’est engagée sur la représentation des femmes, de leur intimité… où est-ce qu’il peut se passer quelque chose comme ça ? c’était incroyable !

PW : Une question a surgi dès le début du tournage, ou plutôt une évidence : nous devions filmer le travail dans les bureaux, pas seulement les ateliers mais tous les aspects du travail, le prêt, les moments où on couvre les livres, où on les nettoie après usage, le ménage même.

AG : et aussi le travail en réunion, il y a des réunions tout le temps pour que ça fonctionne. Pour moi, c’était très important cet aspect, filmer un outil en fonctionnement, une organisation, des gens qui réfléchissent, qui hésitent, qui se posent des questions sur leur métier.

PW : Il y a par exemple un lieu particulier dans la bibliothèque - ça nous a sauté aux yeux dès le début : l’accueil. C’est le sas d’entrée, il s’y passe beaucoup de choses. À l’accueil, il y a un personnage que nous avons beaucoup filmé, Ahmed. C’est un endroit où se fait un vrai travail de lien social, avec des tout petits riens, quelques mots. Mais c’est aussi le lieu où se pose une question importante : jusqu’où peut-on aller dans ce travail de lien social, pour accueillir la misère du monde ? Le film est traversé par cette question.

AG : Ce qui nous a le plus surpris dans ce métier, c’est l’espoir qu’il fait naître. L’autre jour, j’étais chez mon dentiste et il y avait une affiche qui disait : " vous dites que la culture coûte cher, essayez l’inculture. " Ça paraît une blague, mais on a aussi essayé de faire de ce film quelque chose de léger. C’est un film plein d’énergie, de joie et d’espoir. Enfin j’espère.

PW : Au début, quand on présentait ce lieu où nous voulions faire un film, on disait : on y fait un grand voyage dans l’humanité. Voilà, c’est ce qu’on a voulu montrer.

AG : Lors d’un des derniers jours de tournage, je filmai un jeune gamin de banlieue qui se préparait, avec sa classe, à réaliser une émission de TV avec des personnalités importantes (Kerry James, Monique Pinçon- Charlot, Antoine Deltour… ce n’est pas rien !) Un animateur lui expliquait comment cadrer, faire le point. Quelques jours après, je le rencontre dans une salle de lecture, il regardait des bouquins de cinéma. On se met à parler de ce métier. Il me dit que ça lui a donné le goût de devenir cameraman. Si la bibliothèque de mon quartier a pu donner la possibilité à un seul gamin de banlieue de faire du cinéma, j’ai encore un peu d’espoir. Et je suis heureux de l’avoir filmé.

DISTRIBUTEUR: URBAN DISTRIBUTION



 





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