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TROIS CONTES DE BORGES de Maxime MARTINOT

SORTIE NATIONALE : 4 juillet 2018

1h15 - France - 2014

SYNOPSIS

Les Trois contes de Borges adaptent, dans leur langue originale, trois textes du célèbre écrivain argentin Jorge Luis Borges : El otro, El disco et El libro de arena. Trois récits fantastiques où se monnaient les objets de l'éternité qui, à portée de main, mettent en péril nos rapports au temps, à l'image, au langage.

ENTRETIEN AVEC LE REALISATEUR

Comment est né le projet ? Qu’est-ce qui vous a amené à Borges ?

Tout d’abord, ce film est né non pas d’une envie, mais bien d’une interrogation, d’un doute très particulier. Je lisais Borges, dont j’apprécie autant l’œuvre romanesque que poétique, dans une édition bilingue ; comparer le texte original et sa traduction produit inévitablement un effet de sidération et fait naître une multitude de questions. Qu’a-t-il été perdu dans l’effort de transcription de l’espagnol vers le français ? Quel rapport y a-t-il entre l’original et le transcrit ? L’écrit original étant déjà, en soi, la transcription altérée d’une émotion, d’une idée, d’une sensation, etc. Cette réflexion devient vertigineuse, et sans issue. Et je tombe alors, en cherchant un peu plus, sur une phrase de Borges qui, désabusé, dit vers la fin de sa vie : " je ne crois plus en l’expression, je ne crois qu’en l’allusion. ". L’envie d’adapter ces textes est alors née, afin d’en chercher l’essence propre, tout en connaissant bien le caractère périlleux, si ce n’est vain, de cette entreprise. Car adapter l’écrit au cinéma est pour moi un risque de trahison encore plus grand que celui de la traduction et, dans le même temps, une possibilité de surmonter ce péril. Je vois dans le cinéma une possibilité unique de " rendre hommage ", de " faire allusion " de manière la plus respectueuse possible. Et cela passe par un énorme travail de dénuement. C’est-à-dire qu’on ne va pas faire semblant d’adapter un texte, de jouer, d’interpréter une histoire. Il devient nécessaire d’évacuer tout cela. " Respecter " revient à dire qu’il faut respecter autant le texte que les personnes qui vont le dire, que les personnes qui vont filmer les personnes qui vont le dire, etc. Et on ne peut pas tricher : on ne filme pas Borges, mais bien un acteur qui joue Borges. On ne filme pas l’Argentine des années 1920 ou 1980, mais la France d’aujourd’hui. Et alors, on fait le pari que le texte sera plus respecté que s’il avait été " adapté ", l’adaptation cinématographique classique provoquant cette posture étrange qui est de " traduire les mots en images ". " Trois contes de Borges " va à l’encontre de cette habitude ronronnante et poursuit la réflexion de Manoel de Oliveira, qui se proposait de " filmer un texte comme un paysage ".

Vous présentez un Borges devenu aveugle depuis peu, pourquoi choisir ce moment là ? Le film insiste à plusieurs reprises sur la cécité de l’auteur.

Les trois nouvelles adaptées viennent du recueil " El libro de arena ", écrit en 1975, peu après que Borges est devenu complètement aveugle. Ses problèmes de vue ont commencé très jeune, mais il pouvait encore écrire jusqu’à un certain âge. J’ai déduit que ce recueil de nouvelles a sans doute été le premier à être " écrit ", sans pour autant être écrit par lui, concrètement, à la main. On se demande donc : écrit-on seulement avec un stylo, une machine à écrire ? Parler, est-ce écrire ? D’où vient ce qui fait texte ? Et on revient aux fondements de la poésie, qui est d’abord et avant tout un art oral. Borges n’a jamais appris le braille, il a appris à travailler avec des personnes pour l’aider et retranscrire son travail, de l’oral à l’écrit. Dès sa naissance, le texte traverse donc des espaces, il se déploie. Quand il parle de sa cécité, Borges ne voit pas cela comme une malédiction, il parle de don. Je vois là un lien très fertile avec le cinéma. L’image n’est pas une résultante de la capacité de voir, c’est quelque chose de plus profond, de plus archaïque. Et cela a à voir avec la parole, ou plus précisément avec ce qui fait, musique dans la parole. Le film propose une réflexion sur la parole poétique depuis la cécité de Borges. La structure en trois parties est construite sur une progression du visible vers l’invisible, du jour vers la nuit, d’un certain réalisme vers la rêverie.

" Trois contes de Borges " est une série d’adaptations de fictions, mais où les éléments biographiques liés à l’auteur sont très présents. Considérez-vous ce film comme un biopic ?

En tant que genre cinématographique, le biopic est sans doute celui qui m’intéresse le moins. Pour deux raisons : la linéarité biographique des biopics me semble aller à l’encontre même du principe de l’art et de sa mise en histoire. Au XXIème siècle, après être passés par les musées imaginaires de Malraux ou Godard, je ne comprends pas comment on peut encore muséifier autant l’art dans une chronologie linéaire. La deuxième raison, c’est que je trouve aujourd’hui la notion d’auteur galvaudée, surestimée, et qu’on gagnerait à s’en éloigner. Par rapport aux " Trois contes ", tout ce que je dis là semble très paradoxal, puisque que ce film est hanté par la figure de l’auteur dont il adapte les œuvres. Mais j’ai choisi Borges aussi pour cela : avec tout l’humour sombre qui est le sien, Borges s’est projeté dans chaque personnage de ses propres contes, comme pour se multiplier, comme pour s’annuler. Il avait peur des miroirs, ce n’est pas un fait anodin. Il y a chez Borges une duplicité troublante : d’un côté un esprit philosophique si intelligent, pour ne pas dire monstrueux, qu’il est capable de créer et de détruire des univers conceptuels, de piller et de travestir des siècles de contes et de légendes pour le simple plaisir de la création, et de l’autre côté le bourgeois, celui qui vit chez sa mère à soixante-dix ans, l’écrivain et directeur de bibliothèque délicat, le traducteur au service de l’histoire de la littérature (il a notamment traduit Joyce, Michaux, c’est pour cela que je les ai inclus dans le film). Tout cela finit par créer une complexité assez dense, assez large pour échapper à ce qu’on appelle " l’auteur ".

Comment avez-vous produit le film ? "

C’est un film que j’ai produit avec le jeune Collectif COMET qui regroupe des amis techniciens et réalisateurs. Nous nous sommes pour la plupart rencontrés en école préparatoire à Nantes (Ciné-Sup). Ayant chacun des expériences et des domaines de travail différents, mais avec en commun une amitié et une envie de respecter le travail commun du cinéma (qui, dans le monde de la profession, est occulté par le professionnalisme et la hiérarchie), nous avons pu tourner plusieurs films ensemble, en échangeant un peu nos rôles. Chacun de nous sait monter, cadrer, faire du son, jouer, etc. J’ai beaucoup appris de cela, je souhaite aller bien plus loin dans ce qui fait la création - et la diffusion - collective des films. Grâce à cette énergie et les moyens mis en œuvre pour ce film, nous avons pu, avec très peu de moyens, produire un film très rigoureux, exigeant. Par exemple, le choix du travail sur pellicule était bien sûr esthétique, mais aussi stratégique : en sachant que cette matière était rare, avec en moyenne pas plus de trois prises par plan possibles, nous étions tenus de beaucoup préparer et répéter avant de tourner avec les acteurs, pour la plupart non-professionnels, et l’équipe, dont c’était pour beaucoup le premier long-métrage sur lequel ils travaillaient.

Quels sont vos autres projets ?

Au-delà de " Trois contes de Borges ", j’ai aussi réalisé, parfois en équipe, parfois seul, des films essais, des documentaires, dont certains sont visibles sur la plateforme derives.tv – ce dont je suis très heureux, car c’est un endroit qui pense le cinéma et sa diffusion avec ferveur, exigence, et pose aussi la question de la nécessité du collectif, de nouveaux lieux de création, moins institutionnels. Tout ceci m’a permis de " garder la main " en attendant de produire des films qui demandent plus de temps et de financements. Mon dernier court-métrage, " La disparition ", vient tout juste d’être terminé pour sa première au Festival du Moyen-Métrage de Brive. En parallèle, je prépare un dossier de thèse de recherche et un projet de film autour de Fernand Deligny. Ses écrits sur son travail auprès des autistes mutiques dans les Cévennes, et sa réflexion sur l’image, l’une des plus essentielles et les plus importantes, est à mon sens encore trop méconnue.

DISTRIBUTEUR : VENDREDI DISTRIBUTION



 





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