ESPACE SAINT-MICHEL

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DANS LES PAS DE TRISHA BROWN de Marie-Hélène REBOIS

SORTIE NATIONALE : 6 Septembre 2017

1h19 –France - 2016

SYNOPSIS

Trisha Brown a transformé la danse contemporaine : en défiant la loi de la gravité, elle lui a insufflé une extraordinaire fluidité, un déséquilibre inédit... Sa pièce Glacial Decoy entre au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris. Nous suivons le travail de transmission de Lisa Kraus et Carolyn Lucas auprès des danseuses de l’Opéra. Porté par l’enthousiasme et l‘énergie de Lisa et Carolyn, le film nous immerge dans le mouvement novateur et envoûtant de Trisha Brown.

RENCONTRE AVEC MARIE-HELENE REBOIS

Réalisatrice française, passionnée par le mouvement et la danse, Marie-Hélène Rebois est partie sur les traces d’une des grandes figures de la post-modern dance américaine, Trisha Brown, qui a mis au rebut bien des principes de composition classique pour ouvrir la danse à d’autres espaces, sonores, urbains, non narratifs ou illustratifs. La réalisatrice n’en est pas à son coup d’essai afin de cerner ce qui motive les corps dans la partition chorégraphique, ce qui se joue entre chorégraphes et interprètes, elle signa trois films sur Dominique Bagouet et un sur Merce Cunningham. S’intéressant particulièrement à la transmission comme le prolongement d’un geste qui fut et demeure, son nouveau film Dans les pas de Trisha Brown est une plongée dans le travail délicat de la reconstruction, recréation d’une pièce chorégraphique par l’intermédiaire de deux interprètes l’ayant dansée avec elle. Tourné lors des répétitions à l’Opéra de Paris de Glacial Decoy, une pièce charnière que Trisha Brown, décédée le 18 mars 2017 à l’âge de 80 ans, composa en 1979, le film se concentre sur le passage du mouvement des corps de deux danseuses de la compagnie de Trisha Brown à ceux des danseuses du Ballet de l’Opéra de Paris. Sans commentaires superflus, juste ce " déplacement ", ce " décentrement " si chers à la chorégraphe, d’une époque à une autre, d’une interprète à une autre. Marie-Hélène Rebois trace, comme Trisha Brown dans ses solos qu’elle dessinait au sol tout en les dansant, les trajectoires d’une pensée mouvante.

Dominique Bagouet, Merce Cunningham et maintenant Trisha Brown, ces chorégraphes qui marquèrent à jamais l’histoire de la danse et qui sont décédés ont été l’objet de certains de vos films. Une histoire post-mortem ?

Une histoire d’héritage, de transmission, une histoire qui peut continuer à vivre en l’absence du (ou de la) chorégraphe... parce que dans le travail quotidien de la danse le (ou la) chorégraphe a laissé une empreinte indélébile dans le corps de ses interprètes. Et c’est cette empreinte d’un corps sur un autre qui m’intéresse, c’est ça que je veux filmer. J’ai été confrontée dans mon histoire personnelle à la disparition, à la perte de mémoire d’un proche. Cela m’a rendue particulièrement sensible au caractère éphémère de la danse et à la question de la survie de l’œuvre.

Depuis 1993, je travaille par mes films (cinq au total) à montrer comment construire avec la mémoire du corps et avec l’oubli. Je l’ai fait pour Dominique Bagouet, pour Merce Cunningham, et maintenant chez Trisha Brown.

Vous n’avez pas filmé Trisha Brown et pourtant elle est plus que présente dans le film via deux danseuses.

Trisha venait de quitter sa compagnie quand j’ai commencé la préparation de ce film. Elle avait un problème de mémoire, je n’ai pas pu la filmer. Mais j’ai eu la chance de pouvoir filmer le Ballet de l’Opéra de Paris qui reprenait une pièce emblématique de Trisha : Glacial Decoy, pièce créée en 1979 transmise par deux danseuses de la compagnie américaine TBDC : Lisa Kraus qui a travaillé avec Trisha quand elle a créé sa compagnie et Carolyn Lucas, danseuse et assistante de la chorégraphe et aujourd’hui co-directrice de la compagnie. Elles m’ont beaucoup aidée à comprendre et à saisir les principes de son travail et de sa recherche : Les bases de son mouvement s’inspirent des expériences qu’elle a poussées très loin sur la gravité, dans tous les sens du terme.

Votre film est une immersion dans le travail dans le studio de l’Opéra Garnier. On ne s’échappe guère de cette unité de temps (et de lieu ?)

C’est volontaire. Si l’on veut vraiment dire quelque chose d’important sur un chorégraphe, il faut faire confiance à la caméra qui montre ce que les mots ne peuvent dire, des choses subtiles, évanescentes, peu spectaculaires et qui pourtant sont le squelette de la danse. Je n’ai pas voulu enrober des éléments si importants et constitutifs d’un langage chorégraphique si particulier. Donc, pas de commentaires par exemple qui pourraient nuire à une compréhension immédiate, sensuelle, sensitive du mouvement de Trisha et de ses danseuses. Cela m’a demandé une longue préparation pour sélectionner les moments les plus parlants du quartet et du duo féminins. Il m’a fallu connaître l’ensemble de la pièce, même si je ne voulais pas la filmer terminée, puis avec Carolyn et Lisa, aller là où l’on plonge vraiment dans le mouvement, dans le corps de Trisha, dans une sorte de liquide amniotique. Tu bouges, tu sens.

On sort de ce bain quelquefois, pour mieux l’éclairer peut-être grâce à des images d’archives qui expliquent bien la genèse de cette pièce, entre l’extérieur et l’intérieur, la rue et le théâtre.

Oui, Glacial Decoy est une pièce particulière. Trisha Brown signait pour la première fois une chorégraphie pour un théâtre, un espace clos alors qu’elle avait l’habitude de créer dans des " décors " urbains. Mais on sent bien, notamment avec le décor de Rauschenberg, des photos magnifiques en noir et blanc d’extérieurs qui glissent de gauche à droite derrière les danseuses, que la chorégraphe a du mal à quitter le " dehors ". J’ai utilisé les premières archives de la compagnie comme par exemple Man walking Down the Side of a Building, une pièce d’intervention urbaine de 1970, pour expliquer aux jeunes danseuses de l’Opéra et aux spectateurs du film la démarche de la chorégraphe, ses années de recherches.

La transmission passe donc par la mémoire corporelle ?

J’ai déjà abordé la délicate question de la survie de la danse en l’absence du chorégraphe dans plusieurs de mes films précédents sur Bagouet, Merce Cunningham. J’y ai montré que les danseurs étaient dépositaires de la mémoire des pièces chorégraphiques qu’ils avaient interprétées et qu’en puisant dans leurs souvenirs corporels, ils pouvaient transmettre la danse avec précision et même retrouver une chorégraphie oubliée, 25 ans après l’avoir dansée.

La responsabilité de Lisa et Carolyn dans la survie de l’oeuvre est immense et c’est avec un engagement extraordinaire qu’elles se sont lancées dans cette transmission en l’absence de la chorégraphe. Cette transmission a été pour moi l’occasion d’évoquer au coeur du film la révolution apportée par Trisha Brown dans la danse des années 70-80 avec son style souple, troublant, fluide, inscrit dans le mouvement général de libération du corps aux Etats-Unis et en Europe...

Trisha Brown a défié la force de la gravité, sans pourtant s’y opposer. Chez elle la verticalité est remise en cause par tous les moyens, le danseur circule dans un flux continuel autour de son propre axe gravitaire, le corps est décentré. Jamais le mouvement n’est fait contre ou malgré la gravité mais toujours avec elle. Ce qui donne une ondulation inouïe, une façon d’autoriser le mouvement sans restriction. Cette danse est bouleversante parce qu’elle se situe à un point extrême de radicalité qui élimine toute tension et toute force. C’est aussi un point limite avec lequel il lui a fallu composer.

Pour moi la danse est l'occasion de raconter la fragilité de la vie et de son éclat, sa puissance et son mystère... Dans la matière même du corps des interprètes, dépositaires des gestes, du système nerveux d'un autre corps, celui du chorégraphe. Dans cette relation charnelle habitée, jusqu'au delà de la disparition du chorégraphe, il y a une palette infinie à filmer.

Que pensez-vous de ces corps de 2017 par rapport à ceux des années 70. Que révèlent-ils de notre manière de bouger ?

Je pense qu’il est très important aujourd’hui de revoir et de comprendre, de l’intérieur, la danse de Trisha, de sentir son incroyable fluidité et la liberté qui s’en dégagent. Face à cette gestuelle révolutionnaire, on dirait que les corps d’aujourd’hui, dans la danse et dans la rue, se sont segmentés et n'ont plus la liberté de se décentrer, de faire des sortes de couper-décaler, de se déséquilibrer, on dirait qu’aujourd’hui les dos se sont figés. Comme s'il fallait marcher plus droit !

Vous avez tourné avec une seule caméra ?

Oui, c’était l’idée principale de mise en scène. J’ai travaillé avec Hélène Louvart, qui était aussi chef op pour le film de Wim Wenders sur Pina Bausch. Elle était sur roulettes avec un assistant pour suivre les répétitions en plans séquences. Elle était la bonne personne. Et ce ne fut pas facile. Il faut un bon cadreur pour anticiper la danse et maintenir le lien entre celles qui transmettent et celles qui dansent, pour tenir des plans séquences sans le secours d’une deuxième ou troisième caméra, tout en évitant les pièges des miroirs du studio de répétition. C’était risqué. Je suis très contente du résultat. Je trouve que dans l’obscurité de la salle de cinéma on est baigné dans la danse et le mouvement de Trisha Brown. Il faut se laisser aller et vivre l’expérience.

Au fait pourquoi ce titre Glacial Decoy ?

Personne ne savait vraiment, Trisha Brown ne s’exprimait guère et personne ne lui avait vraiment posé la question. Mais j’ai retrouvé des écrits où Trisha raconte que lorsqu’elle était enfant, quand elle vivait encore à Aberdeen dans l'Etat de Washington, les hommes de sa famille partaient à la chasse et l’emmenaient avec eux. Lorsqu’ils atteignaient un oiseau qui tombait, Trisha était chargée de le récupérer. Il était encore vivant, blessé, elle le mettait dans sa chemise et elle le sentait bouger contre son corps…il essayait de s'envoler mais ne le pouvait pas. 

Quand je vois la danse de Trisha, quand je vois Glacial Decoy, je repense à ce souvenir d’enfance, je retrouve cette sensation d’urgence dans les torsions, dans les battements de main des danseuses et dans la manière dont elles sortent de scène comme des oiseaux. Je ressens cette tentative désespérée de vouloir voler à nouveau. "Decoy", à la chasse, signifie un leurre, un appât... Glacial Decoy : un leurre glacé ?

Recueilli par Marie-Christine Vernay

BIOGRAPHIES

Trisha Brown

Trisha Brown est née en 1936 à Aberdeen sur la côte Ouest des Etats-Unis.

Après une formation en modern dance au Mills College, elle participe à un atelier chez Anna Halprin à San Francisco, où elle rencontre Simone Forti et découvre les tasks, principes d’improvisation et de composition à partir de consignes de mouvements ordinaires.

En 1960, elle s’installe à New York. Elle suit l’atelier de Robert Dunn et participe, aux côtés de Robert Rauschenberg, Yvonn Rainer, Steve Paxton, Deborah Hay, David Gordon, au Judson Dance Theater, célèbre groupe expérimental et pluridisciplinaire, creuset de la post-modern dance.

Elle fonde sa compagnie en 1970. Elle pratique l’improvisation structurée et explore des approches qualifiées de " somatiques ", qui favorisent la disponibilité maximale du corps par la conscience de sa mécanique.

Selon des questionnements successifs, Trisha Brown évolue d’un cycle de recherche au suivant : Equipment Pieces, Accumulations, Unstable Molecular Structures, Valiant Works, Back to Zero, Music Cycle.

Elle dépasse le cadre de la chorégraphie en abordant en 1998 la mise en scène d’opéras – de Claudio Monteverdi à Jean-Philippe

Rameau en passant par Salvatore Sciarrino.

Elle a créé plus de 100 chorégraphies et six opéras et a quitté la scène en tant que danseuse en 2008.

Elle est aussi reconnue pour son œuvre de plasticienne – La Documenta de Kassel l’invite en 2007, le Walker Art Center de Minneapolis

en 2008, la Galerie New Yorkaise Sikkema Jenkins & Co. propose régulièrement des expositions de son travail.

Première femme chorégraphe récompensée par la prestigieuse " Genius Grant " de la Mac Arthur Foundation en 1991, et par le prix Dorothy and Lilian Gish en septembre 2011, elle a reçu en France les insignes de Commandeur des Arts et des Lettres en 2004.

Trisha Brown est morte le 18 mars 2017 au Texas.

Lisa Kraus

Lisa Kraus fut l’une des interprètes de nombreuses créations de Trisha Brown, dont celle de Glacial Decoy en 1979.

Lisa a eu une carrière artistique intense : chorégraphe et interprète pour sa propre compagnie, intervenante et enseignante dans de nombreuses universités et centres d’art, elle a également publié de nombreux articles et essais sur la danse, dans les revues Dance Magazine, Dance Research Journal, Contact Quarterly, ou encore le Philadelphia Inquirer. Elle a crée et dirigée la publication " thINKingDance " de 2011 à 2014.

Carolyn Lucas

Après des études supérieures de danse, Carolyn Lucas rejoint la Trisha Brown Dance Company en 1984. Elle a participé à la création de plusieurs pièces de Trisha Brown. En 1993, elle devient son assistante personnelle à la chorégraphie et travaillera à ses côtés pendant 20 ans. Elle est co-directrice artistique de la compagnie TBDC depuis 2013.

Carolyn Lucas a également dirigé différents projets liés à la transmission de la danse de Trisha Brown pour de prestigieuses compagnies ou institutions comme The New School à New York, P.A.R.T.S. à Bruxelles, et l’Opéra de Paris.

Marie-Hélène Rebois

Cinéaste passionnée par la danse et le mouvement, Marie Hélène Rebois filme le travail des danseurs, sur scène et en répétitions. Elle réalise des films documentaires sur de grands chorégraphes et plus particulièrement sur la mémoire du corps et l’héritage de la danse contemporaine. Elle a reçu la médaille Beaumarchais de la SACD pour l’ensemble de son travail sur la création artistique contemporaine.

Ses films ont été largement diffusés à la télévision, en France et à l’étranger.

Dans les pas de Trisha Brown, son premier film produit pour le cinéma, a reçu le Prix du Jury du Festival International du Film sur l’Art, FIFA Montréal 2017

DISTRIBUTEUR : VENDREDI DISTRIBUTION



 


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LES DEUX SALLES SONT EQUIPEES EN NUMERIQUE 4K

Programmation du cinéma du 11 au 17 Octobre 2017

SALLE 1

DES LOIS ET DES HOMMES de Loïc JOURDAIN - (VOSTF)
Tous les jours : 13h15, 16h40, 20h05, 22h00 (sauf jeudi)

Mercredi 11 Octobre : Première à 20h05 en présence du réalisateur Loïc Jourdain suivie d’un débat.

Jeudi 12 Octobre : Séance de 20h05 suivie d’un débat animé par Café Babel avec le réalisateur, Jean Didier Hache, ancien secrétaire exécutif de la Commission des Iles de la CRPM et Anne Eydoux, membre des Economistes atterés.

Vendredi 13 Octobre : Séance de 20h05 suivie d’un débat avec Solen Menguy et Benoit Bloissere de l’association Sauvons l’Europe, et de Frédéric Sultan de Remix the Commons (plateforme de réflexion sur la question des biens communs).

Mardi 17 Octobre : Séance de 20h05 suivie d’un débat avec Claire Nouvian (présidente de BLOOM – association dédiée à l’océan et à ceux qui en vivent) et Clotilde Warin du think tank Confrontations Europe (rédactrice en chef de la revue).

KALACHAKRA, L’EVEIL de Nathalie FUCHS - (VOSTF)
Tous les jours : 15h10, 18h35

Samedi 14 Octobre : Séance de 18h35 suivie d’une rencontre-débat avec Natalie Fuchs, réalisatrice du film.

Dimanche 15 Octobre : Séance de 18h35 suivie d’une rencontre-débat avec Natalie Fuchs, réalisatrice du film et Sybille Wallon autour du thème " La place du bouddhisme au Tibet ".

SALLE 2

VA, TOTO ! de Pierre CRETON - (VOF)
Tous les jours : 13h35 (sauf jeudi et lundi), 15h15, 17h00, 20h10 (sauf lundi)
Lundi : 18h40


VILLEPERDUE de Julien GASPAR-OLIVERI et Damien MANIVEL (VOF)
Lundi :
20h25

Lundi 16 Octobre : Séance de 20h25 (" Villeperdue " précédé de " A bicyclette " de Jean Douchet) suivie d’une rencontre-débat avec jean Douchet, Julien Gaspar-Oliveri et Benjamin Siksou

LA MORT SE MERITE de Nicolas DROLC - (VOF)
Jeudi, Lundi : 13h35

LAURENT ET SAFI de Anton VASSIL - (VOF)
Mercredi, Jeudi, Samedi : 21h50

HOME de Fien TROCH - (VOSTF)
Vendredi, Dimanche, Mardi : 21h50

DANS LES PAS DE TRISHA BROWN de Marie-Hélène REBOIS - (VOSTF)
Tous les jours (sauf lundi) : 18h40