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SONGS FOR MADAGASCAR de Cesar PAES

SORTIE NATIONALE : 21 Juin 2017

1h28 –France/Madagascar – 2016

SYNOPSIS

Les musiciens du groupe Madagascar All Stars, les six plus grands noms de la musique malgache, tous habitués aux scènes internationales, s'unissent et créent ensemble "un son" pour Madagascar. Ils se mobilisent pour défendre les ressources naturelles de leur île natale.

Filmé à une caméra et sans commentaire, le film les accompagne dans l’intimité de la création, au plus proche de la musique en train de se faire.

ENTRETIEN AVEC CESAR PAES PAR OLIVIER BARLET D’AFRICULTURES

Olivier Barlet : Vous aviez réalisé Mahaleo à deux mains avec Raymond Rajaonarivelo. Cette fois, c'est d'une seule main : une volonté ? une impossibilité ?

Cesar Paes : La co-réalisation avec Raymond Rajaonarivelo était ponctuelle pour le projet du film Mahaleo. Dès le départ, notre parti pris avait été d’adopter une double approche, un double-regard : à la fois du dedans (Raymond est Malgache), mais aussi de l’extérieur (ma rencontre avec Madagascar date de " Angano…Angano ", tourné avec Marie-Clémence en 1989).

Mahaleo a ainsi été tourné souvent à deux caméras et nous avons poussé la performance collective jusqu’à monter le film… à trois ! Ça a été une expérience très enrichissante tout au long des quatre années que nous avons mis pour faire le film ensemble. Après, chacun a repris sa route et est revenu à ses projets personnels. " Songs for Madagascar " est ainsi déjà le deuxième film que je tourne à Madagascar depuis le film " Mahaleo " (2005). Entre temps, il y a eu " L’Opéra du bout du Monde " (2012), qui raconte l’histoire des premiers habitants de l’île de La Réunion, venus du Sud de Madagascar au XVIIe siècle.

O.B. : Le groupe Mahaleo, formé en 1972 lors des soulèvements étudiants qui ont mené à la fin du régime néo-colonial de Philibert Tsiranana, a perdu Raoul le 3 septembre 2010 et Nono le 29 août 2014. Le groupe Madagascar All Stars, où l'on retrouve Dama, en est-il la suite, l'héritier ?

C.P. : Mahaleo existe toujours et Dama en fait toujours partie. Ils continuent de se produire, à Madagascar et ailleurs. C’est justement Dama Mahaleo, qui en 2008 m’a invité à suivre avec ma caméra, les premiers enregistrements des Madagascar All Stars : un collectif ouvert, nouvellement créé, réunissant des grands noms de la musique malgache.

Ils partaient à Antananarivo enregistrer leur premier album. J’ai eu donc le privilège de documenter cette rencontre musicale au sommet !

Dama, Régis Gizavo, Erick Manana, Justin Vali, Marius Fenoamby à l’époque, et Olombelo Ricky, ont pendant dix jours en studio, du matin au soir et parfois toute la nuit, composé, arrangé, les paroles et les musiques de l’album " Masoala ", du nom de la forêt au nord-est de Madagascar, si menacée par le trafic de bois de rose. Ils prenaient un plaisir fou à jouer la musique les uns des autres, ou à écouter leurs chansons interprétées par l’autre, parfois dans un genre musical complètement différent de celui pour lequel elles avaient été composées à l’origine. Les chansons se créaient au fur et à mesure devant mes yeux (et mes oreilles !).

L’alchimie entre ces six artistes, venant de régions si différentes de la Grande île, chacun avec sa musique, son parler, ses rythmes, semblait néanmoins toute naturelle, évidente !

Le groupe des Madagascar All stars a été à géométrie variable depuis sa création. Au départ ils étaient 5 : Dama, Régis Gizavo, Justin Vali, Erick Manana et Marius Fenoamby, qui était alors, le " représentant " du Nord. Olombelo Ricky, le percussionniste, les a rejoint à l’enregistrement de l’album Masoala. Il y a deux ans pour le concert à Antananarivo, c’est Jaobojy, le roi du salegy, qui a repris le flambeau du Nord !

O.B. : Les chansons du groupe touchent autant à l'amour qu'à la vie sociale. Le film en rend compte et se fait volontiers documentaire en harmonie avec les textes des chansons. De même, certains musiciens racontent face caméra combien leur travail puise dans leur vécu populaire. Le film semble suivre de bout en bout une volonté de manifester combien ces textes s'ancrent dans le vécu malgache ?

C.P. : Les chansons d’amour sont des vecteurs d’émotion. Elles touchent les gens autrement que par le discours. Elles peuvent aussi bien évoquer l’amour pour une femme, une mère, la terre, ou les trois à la fois.

Car leur engagement est surtout pour la terre, " notre mère à tous ". Ils militent pour la protection de la bio-diversité, et font la promotion de la diversité culturelle malgache. Ce qui me plaît dans leur démarche écologique, c’est que l’Homme est toujours au centre de leur réflexion. Il fait partie de l’environnement. Les ONG qui protègent les lémuriens, les tortues, les baleines et autres animaux endémiques de Madagascar sont nombreuses, mais aucune ne semble vouloir " protéger ", " défendre " ou " préserver "… le citoyen malgache.

Les " fokonolona ", ces communautés de base locales sont confrontées au quotidien aux questions environnementales, et c’est auprès d’eux que les compositeurs vont chercher l’inspiration qui nourrit leurs chansons. Ils sont conscients que leurs chansons " portent " plus que les discours politiques.

O.B. : Beaucoup de répétitions et peu de concerts, jusqu'à ne pas suivre les musiciens sur scène à la fin du film : renoncez-vous à l'effet d'apogée souvent utilisé en documentaire ? Est-ce pour privilégier la force du témoignage et la réflexion sur les enjeux ?

C.P. : Le spectacle vivant, doit être vu, vécu live ! On ne filme pas un concert de six musiciens avec une seule caméra. Il faut pour cela une captation multi-caméra, un enregistrement multi-pistes, etc…. Ce n’est pas le propos ici. " Songs for Madagascar " est entièrement filmé à une seule caméra (un regard) et enregistré par un ingénieur du son. Dans le film, j’ai privilégié les moments où les musiciens se retrouvent entre eux, loin de leur fan club, loin du show-biz et des studios d’enregistrements, dans l’intimité de leurs répétions. C’est cette musique en train de se faire, cette recherche d’arrangements encore en train de se trouver, qui me passionnent. Comme je les filme depuis bientôt dix ans, ils m’ont complètement intégré dans le décor. Ils ne me " voient " plus… Et pourtant je ne suis jamais caché, je ne vole pas des images par " le trou de la serrure ". C’est la qualité de cette proximité, de cette confiance établie avec ces immenses artistes, que j’essaie de partager avec les spectateurs. Le privilège de cette intimité toute acoustique. A la fin du film, je montre ce qu’on ne voit jamais quand on assiste à un concert : les artistes dans les moments qui précédent leur entrée en scène.

Pour moi l’apogée du film c’est quand les Stars, " étoiles ", descendent sur terre rencontrer ceux qui sont devenus "des paysans sans terre ", qui reboisent la forêt originelle la journée et se battent la nuit contre les incendies.

O.B. : Les initiatives et solidarités populaires dans la culture ou face à la déforestation sont effectivement mises en exergue par d'émouvantes rencontres. Parallèlement, les croyances et coutumes sont respectées comme parties prenantes d'un être au monde qui s'oppose à l'obsession de l'argent. C'est tout un programme que le film met ainsi en place et qui donne sens au combat culturel du groupe de musiciens. N'est-ce pas cet exemple pour le monde de la musique comme expérience et "manière de vivre" qui vous a poussé à faire ce film ?

C.P. : Au départ il y avait la musique, ma passion pour la musique et aussi une grande admiration pour ces musiciens. Le Madagascar All Stars réunit des musiciens professionnels, habitués aux scènes internationales. La moitié de ses membres vit toujours à Madagascar, l’autre en Europe. C’est peut-être ce déracinement qui leur a fait prendre conscience de l’importance de leur propre culture. Or la mondialisation avec ses dommages collatéraux que sont l’accaparement des terres et l’exode rural menace autant l’environnement que leur " exception culturelle ".

J’aime quand un film contient divers niveaux de lectures. Chaque spectateur construit son propre film selon qu’il connaisse ou pas le pays, la langue, ou la musique. Selon qu’il soit Malgache, Français ou Allemand, et selon qu’il ait été confronté ou pas à des réalités similaires... " Songs for Madagascar " ne sera pas perçu à Madagascar et en Europe de la même manière. Le fait que des musiciens originaires de différentes régions de l’île jouent ensemble dans un même groupe, peut paraître anodin vu de l’extérieur, mais ça prend une grande importance à Madagascar, où les tentations ethnicistes font des ravages.

Erick Manana en parle dans sa chanson Inona no mahaory :

" Pourquoi on se lamente ?

Pourquoi ne tisse-t-on pas des liens ?

Changeons la musique

Le racisme nous démolit.

Pourquoi on se lamente...

On ne s'aime pas

On ne s'entraide pas

Ça fait trop longtemps

Que notre terre devrait être un bien commun. "

O.B. : Le film est construit comme un road-movie, non seulement à Madagascar mais aussi à l'étranger. Est-ce parce que cela vous permet d'ouvrir vers la dimension universelle de la musique et de ce qu'elle exprime, tout en ouvrant à la présence de la diaspora malgache ?

C.P. : Oui, c’est comme si c’était un roadmovie de Madagascar à Andafy (au-delà des mers). Ces musiciens sont connus en dehors de l’île, et leur public à l’extérieur est bien plus large que celui de la diaspora malgache. Régis Gizavo par exemple a accompagné Cesaria Evora, ou les groupes corses I Muvrini et Alba. Il est reconnu au Brésil grâce à mon compatriote Lénine, et est considéré là-bas comme étant parmi les 10 meilleurs accordéonistes au monde.

Jaojoby, le Roi du Salegy, a déjà fait le tour du monde avec sa musique. Justin Vali a fait partie de l’écurie Real World, le label de Peter Gabriel. On découvre dans le film le quartet de cordes allemand Lokanga, qui accompagne Erick Manana. Et en effet cette notoriété internationale peut par ricochet faire bouger les choses au pays. La musique a ce pouvoir extraordinaire de pouvoir toucher aussi bien l’oligarque de la ville que le paysan dans la rizière.

O.B. : Prises sur le vif, les rencontres et répétitions posent des problèmes techniques difficiles à résoudre, notamment la prise de son. Comment avez-vous pu résoudre ces problèmes ?

C.P. : Comme je n’ai pas tourné dans un studio, la prise de son est faite dans les conditions du documentaire, du direct. Gabriel Mathé, l’ingénieur du son, a réalisé une belle performance avec sa perche, souvent dans des conditions sonores difficiles.

Comme à la conférence de presse improvisée au centre ville devant la " maison du peuple " et sa sono précaire, qui ouvre le film, mais cette précarité se voit à l’image, elle est contextualisée.

La plupart des musiques, elles, sont enregistrés en acoustique pendant les répétitions. Sans amplification, les instruments nus, les voix ! Et même si la sonorité des murs de la cuisine n’est pas celle d’un studio, ce qui compte c’est l’énergie et l’émotion qui passent dans ces conversations musicales ; les improvisations, les échanges entre les musiciens, qui se découvrent et se révèlent réciproquement dans des dialogues complices.

O.B. : Un tel film se fait sur la durée, ce qui suppose un certain budget : était-il difficile à produire ?

C.P. : Le projet est né pendant les enregistrements de l’album en 2008 à Tana. Depuis j’ai continué à les suivre au gré de leurs résidences d’artistes et de leurs rares concerts, quand les musiciens du groupe ou les organisateurs trouvaient de ci de là, un billet d’avion, un logement, pour que je puisse les accompagner.

En France aujourd’hui les financements d’un documentaire sont subordonnés à la diffusion télévisuelle. Or les diffuseurs sont frileux, et ont horreur de ce qu’ils appellent le " cross-genre ". Soit on fait un documentaire musical, soit on fait un documentaire sur l’environnement… Sinon ils ne savent pas dans quelle " case " le programmer. Or c’est précisément l’intérêt du projet : comment éveiller les consciences en faisant appel au divertissement, à la musique. L’originalité de cette production c’est que, à défaut de diffuseur intéressé en France, nous avons finalement pu faire le film grâce au soutien du Centre for Transnational Studies de l’Université de Southampton en Angleterre. Ils ont intégré le film dans un programme de recherche : " Madagascar in the World: The impact of music on global concerns ". Et c’est ainsi que le film a obtenu le soutien du AHRC (Arts and Humanities Reserarch Council), en plein Brexit, un comble !

Ce n’est pas aussi confortable matériellement qu’une production avec une grande chaîne française et le soutien du CNC, mais l’alternative du financement universitaire nous a permis d’aller au bout de notre projet : aborder des sujets importants, donner à réfléchir, tout en " séduisant " par la musique. Loin du formatage télévisuel.

BIOGRAPHIE DE CESAR PAES

Biographie Cesar Paes

Né le 3 mai 1955 à Rio de Janeiro (Brésil), vit à Paris. Auteur-réalisateur et chef-opérateur de films documentaires de long-métrage où la musique est à la fois prétexte et narration. Comme chef-opérateur, il a collaboré avec Raoul Peck, Sandra Kogut, Camille Mauduech, Catherine Damour, JH Meunier, As Thiam, Julio Silvão Tavares, Olivette Taombé.

FILMOGRAPHIE DE CESAR PAES

"Songs for Madagascar" (88’ - 2016)

"L'opéra du bout du monde" (96’ - 2012)
Best film in Fine Arts - Berlin Black International Cinema (Allemagne)

"Mahaleo" co-réalisé avec Raymond Rajaonarivelo (98’ - 2005)
Prix du Public & Ile d'argent FIFIG (France), Étoile SCAM

"Saudade do Futuro" (94’ – 2000)
Grand Prix du Public - Rencontres de Cinéma à Paris (France)

"Le Bouillon d'awara" (70’ – 1996)
Meilleur film ethnographique - Festival dei Popoli (Italie)

"Haïti, Un temps mis en conserve" (28’ – 1993)
Un regard sur le tournage de "L'Homme sur les quais" de Raoul Peck

"Aux Guerriers du silence…" (54’ – 1992)
Colombe d'Or - Liepzig film festival (Allemagne)

"Angano…Angano… Nouvelles de Madagascar" (63’ - 1989)
Grand Prix - Festival dei Popoli (Italie), Prix des Bibliothèques - Cinéma du Réel (France)

DISTRIBUTEUR : LATERIT PRODUCTIONS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 


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LES DEUX SALLES SONT EQUIPEES EN NUMERIQUE 4K 

Programmation du cinéma du 24 au 30 Mai 2017

SALLE 1

PAUL SHARITS, FOU OU GENIE de François MIRON - (VOSTF)
Tous les jours : 14h10, 20h30

Mercredi 24 et Samedi 27 Mai : Séance de 20h30 suivie d’un débat avec Enrico Camporesi, attaché de conservation au Centre Pompidou et titulaire d’un doctorat sur la méthodologie de la restauration du film d’artiste.

Lundi 29 Mai : Séance de 20h30 suivie d’un débat en présence de Pip Chodorov, réalisateur et éditeur de films.

LES PIEDS SUR TERRE de Batiste COMBRET et Bertrand HAGENMULLER - (VOF)
Tous les jours : 15h45, 18h35

LA VENGERESSE de Bill PLYMPTON et Jim LUJAN - (VOSTF)
Vendredi, Lundi : 17h20

MAÏ MORIRE d’Enrique RIVERO - (VOSTF)
Jeudi, Samedi : 17h15

PAS COMME DES LOUPS de Vincent POUPLARD - (VOF)
Tous les jours : 13h00

SALLE 2

14 ANS, PREMIER AMOUR d’Andreï ZAYTSEV - (VOSTF)
Tous les jours : 13h05, 16h40, 20h05

MISTER UNIVERSO de Tizza COVI et Rainer FRIMMEL - (VOSTF)
Mercredi, Vendredi, Samedi, Lundi : 18h50
Jeudi, Vendredi, Dimanche, Mardi : 15h00

UN PAESE DI CALABRIA de Shu AIELLO et Catherine CATELLA - (VOSTF)
Mercredi : 15h00
Jeudi, Dimanche, Mardi : 18h50

LA SOCIALE de Gilles PERRET - (VOF)
Mercredi, Dimanche, Mardi: 17h15
Samedi, Lundi : 15h05