ESPACE SAINT-MICHEL

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JERICO de Catalina MESA

SORTIE NATIONALE : 20 Juin 2018

1h17 – France, Colombie – 2016

 

SYNOPSIS

À Jericó, petit village en Colombie, des femmes d’âges et de conditions sociales différentes évoquent les joies et les peines de leur existence, tour à tour frondeuses, nostalgiques, pudiques et impudiques. Leurs histoires se dévoilent l’une après l’autre, ainsi que leur espace intérieur, leur humour et leur sagesse. Un feu d’artifices de paroles, de musique et d’humanité.

ENTRETIEN AVEC LA REALISATRICE

Quel est votre parcours ?

J’ai quitté la Colombie à l’âge de 17 ans car à cette époque Medellin n’était pas l’endroit le plus sûr du monde. Je suis allée faire des études de management et de communication à Boston Collège. En parallèle, je pratiquais toujours la danse qui correspondait davantage à ma vocation artistique. Puis, je me suis installée à New York où j’ai travaillé pendant deux ans dans une boîte de production. Les attentats du 11 septembre se sont produits, à proximité de nos bureaux. Je marchais à ce moment précis dans la rue à West Village. Quand je suis revenue au bureau au bout de quinze jours, plus rien n’avait de sens. Quelque chose s’était brisé à l’intérieur de moi comme à l’extérieur. J’ai ressenti le besoin de retrouver la joie. J’ai alors décidé d’apprendre le français et me suis installée à Paris. Pendant un an, j’ai suivi des cours de français à la Sorbonne. Après une licence en Arts du spectacle et une Maîtrise en Lettres, je me suis initiée à la technique photographique à l´Ecole Gobelins, j’ai suivi un stage d’initiation à la réalisation à la Fémis et après ont suivis quelques cours à UCLA, à Los Angeles. Mon désir de cinéma n’a donc pas été immédiat, il s’est inscrit dans un processus d’exploration et de découvertes.

Quel est le point de départ du film ?

C’est ma grand-tante Ruth Mesa. C’est elle qui m’a donné le goût de la transmission orale. On pouvait arriver chez elle avec des problèmes, on en ressortait toujours en riant. Elle avait cette capacité de rire de la vie. J’ai passé beaucoup de temps avec elle. Elle nous racontait son enfance à Jericó, le village des ancêtres de mon père. Ruth est la dernière de la famille à avoir vécu dans ce village. Il était différent des autres parce que toutes les communautés religieuses, venues d’Europe, s’y étaient installées. De sorte que l’éducation des enfants y était meilleure que dans les villages voisins. C’est pour cette raison qu’on appelle Jericó, " l’Athènes du sud ouest d’Antioquia ". Quand je suis arrivée dans le petit centre historique, j’ai découvert tous les poètes locaux. Comme c’est un village qui a été fondé en 1851 – ce qui est relativement récent –, on regarde toujours vers l’avenir, sans se retourner sur le passé. Que ce village, perché dans les montagnes, ait gardé toutes ses archives est extraordinaire. J’ai commencé à lire plus de 300 poèmes. Les vers que l’on peut lire en exergue du film sont de Oliva Sossa de Jaramillo : " Mon noble Jericó est beau, enclavé dans la montagne, le mont touche l’infini... ". J’ai choisi cette strophe car elle fait écho à d’autres poèmes évoquant la montagne touchant le ciel. C’est une réalité que l’on ressent à Jericó. Le premier plan du film s’est tout naturellement imposé : le ciel, la montagne. Au départ, je voulais associer un poème à chaque personnage. Mais ils avaient déjà tellement de poésie en eux que ça aurait été superfétatoire.

Cette volonté initiale d’associer des poèmes avec les personnages s’exprime dans le choix des chansons qui commentent souvent les scènes...

Exactement. Un an avant de commencer le film, j’ai constitué une playlist, à partir des chansons que mes grand-tantes écoutaient et qu’on chantait en famille. Je me suis aussi emparée de la musique que chaque femme écoutait dans son espace, et j’ai utilisé des morceaux interprétés par la pianiste Teresita Gomez, première musicienne classique afro-colombienne. Elle a mis à l’honneur des compositeurs colombiens de la fin du 19è siècle et du 20ème siècle. Cela correspondait parfaitement à l’époque et à la génération que je souhaitais mettre en valeur. Le travail autour de la musique était presque ethnographique. Un morceau cubain a néanmoins été intégré comme s’il était colombien car il s’inscrivait profondément dans mon histoire familiale.

En quoi la ville de Jericó, qui donne son titre au film, vous a-t-elle inspirée ?

Quand j’étais plus jeune, j’y suis passée à plusieurs reprises. Les fenêtres des maisons évoquaient un monde arrêté dans le temps. Comme le village est enclavé, il a conservé des traditions qui se sont perdues aux alentours. Les vieux vivent longtemps ici et cette longévité-là contribue à maintenir ce monde traditionnel. J’ai loué une maison et me suis vraiment imprégnée de Jericò à ce moment-là. C’est une ville si belle qu’on pourrait ne s’en tenir qu’à ses façades. Je ne savais pas ce que j’allais y trouver. Quand Ruth est morte, j’ai compris qu’un chapitre de ma famille s’évanouissait à jamais. Les générations suivantes se sont installées en ville. Je ne suis pas fataliste, la culture se transmet. Mais la forme, le " Zeitgeist ", l’esprit de l’époque, la religion mêlée à la superstition, la poésie, tous ces rites se transforment très vite. Je me suis dit qu’il fallait que je trouve d’autres femmes de Jericò pour mener à bien ce travail de mémoire.

J’ai fait mon film pour ma famille mais aussi pour la mémoire collective, celle de la région d’Antioquia et de la Colombie.

Comment avez-vous choisi vos différentes héroïnes ?

Quand je suis arrivée dans le village, je n’avais qu’un seul contact, celui du directeur du musée de Jericó. Je lui ai parlé de mon projet, qui avait pour vocation d’écouter l’esprit féminin, propre à ma culture d’origine. Il m’a mise en relation avec Nelson Restrepo, acteur passionné de la vie culturelle du village qui anime une émission de radio, dans laquelle les femmes s’envoient des messages entre elles. Il connaissait toutes les femmes de Jericó et de la région. Il m’a donné une liste de 25 d’entre elles. J’ai commencé à repérer des femmes avec des profils très différents. L’idée était de composer un film en forme de kaléidoscope où chaque femme représentait une couleur et un archétype féminin. Le film se compose de huit portraits de femmes. Quand on le regarde de loin, c’est un esprit féminin qui traverse le collectif.

L’histoire de la Colombie s’engouffre dans ces récits de vie. C’est la confession douloureuse de cette mère dont le fils a été enlevé...

Quand j’ai commencé à filmer Celina, j’ignorais tout de sa tragédie personnelle. On était tous paralysés. On a coupé quand elle a commencé à pleurer car je ne voulais pas tomber dans le voyeurisme. Il n’était pas question pas non plus retirer cette histoire, c’est celle de nombreuses femmes en Colombie. Celina dit " un bouquet de fleurs " avec une grande simplicité et c’est toute l’histoire du pays qui est contenue dans ce bouquet. Il y a eu des violences à Jericó mais grâce à sa géographie enclavée et à sa difficulté d’accès, le village a été un peu préservé. Ces femmes sont joyeuses malgré les difficultés de la vie. J’ai passé énormément de temps avec Chila et elle a soudainement évoqué la mort de son mari et de ses enfants, un jour qu’elle jouait aux cartes. Elle ne me l’avait jamais raconté avant.

Bien sûr, j’ai recueilli leurs souffrances mais j’ai veillé à ne jamais faire de ces femmes des victimes ; au quotidien, elles sont toujours du côté de la vie, de l’humour, de la joie.

Votre film procède d’une grande cohérence graphique. Comment avez-vous travaillé la lumière ?

Je voulais faire du soleil un personnage principal qui rentre par la fenêtre, la porte et illumine le village. Comment la montagne touche-t-elle l’infini ? Grâce au soleil. J’ai aussi beaucoup filmé la fenêtre comme lieu de passage entre l’extérieur et l’intime.

La parole des femmes est libre, qu’elle concerne leurs amours, la sexualité ou la maternité. Comment l’avez-vous suscitée ?

J’étais au service de l’intimité de la parole de ces femmes, je crois que j’ai réussi à établir une relation de confiance et de transparence dès notre première rencontre. Le maître mot était bienveillance, elles l’ont senti. J’étais au service de leur histoire. Je leur posais des questions sans intervenir, j’ai laissé la caméra tourner pour pouvoir avoir accès à cette intimité-là. Quand on tourne pendant deux ou trois heures, on finit par oublier la caméra ! J’avais un assistant caméra et un assistant son. Nous n’étions que trois, ce qui facilitait également la proximité.

Vous portez une grande attention aux gestes de ces femmes, qu’elles préparent des plats traditionnels ou traient les vaches. Pourquoi ?

À travers ces gestes, Je m’interroge sur nos racines, avant l’arrivée de la télévision et l’emprise de la culture américaine et surtout avant que les narco-trafiquants ne soient systématiquement associés à la Colombie. Beaucoup de jeunes ont pris les codes des " sicarios " (tueurs à gage des cartels de la région) parce que c’est " cool ". La culture du pays a beaucoup perdu à cause de cet héritage de la mafia. Heureusement, on sort un peu de ces clichés aujourd’hui ! Vivre en Europe m’a permis de regarder de loin ce pays et finalement d’y revenir avec un nouveau regard pour me mettre à l’écoute de ce qui m’émeut profondément de cette culture, de ce que je trouve simple, digne et beau.

Considérez-vous que Jericó est un film de résistance dans un monde où la tradition orale disparaît ?

Je suis allée à la rencontre d’une oralité que je voulais célébrer. J’ai aussi souhaité montrer comment, à travers la simplicité du quotidien émerge la transcendance. Mon film ne nie pas la face obscure de la Colombie mais je n’en peux plus qu’on soit obsédé par elle. Il faut faire entrer un peu de lumière. Je veux montrer que cette culture-là a une riche palette de couleurs et de nuances plus vastes.

Comment avez-vous élaboré le montage ?

Le montage est, pour moi, une chorégraphie. Il y a un rythme, c’est comme de la danse. Le montage a duré cinq mois. J’ai travaillé avec Loïc Lallemand. Nous avions 80 heures de matériel qui correspondait à trois mois de tournage. Ensemble, nous avons fait ressortir les thèmes principaux, les contrastes, les contradictions pour former une sorte de mosaïque.

Le patchwork que fabrique l’une de vos héroïnes pourrait-il être la métaphore du film ?

Oui. Et le dessus de lit qu’elle coud me fait penser aussi à ses amours. Elle a eu beaucoup d’amants dans sa vie qui sont comme tous ces petits bouts de tissus. Ce sont ses amours qu’elle coud. C’est comme si elle cherchait à recréer l’unité de sa vie sentimentale.

Votre film s’articule autour de plusieurs lignes, formées par les décors symétriques et ces destins de femmes que vous tracez dans votre récit, comme des parallèles...

Oui, ça me vient de mon goût pour la peinture. Quand je suis arrivée à Jericó, je voyais les peintures de Rothko et de Mondrian dans chaque décor. C’est pour cela que j’ai filmé frontalement, je voulais tendre à une dimension picturale. Un film brésilien m’a inspirée dans mon intention ethnographique : " Tourbillon " de Clarissa Campolina (2011). Le personnage principal est une femme âgée et toute la magie du film repose sur sa grâce. Je voulais avoir la liberté d’exprimer mon propre regard poétique et donc être libre de pousser mon film un petit peu vers la fiction. C’est en regardant " Tourbillon " que je m’y suis autorisée. Au registre des influences, " La Poétique de l’espace " de Gaston Bachelard m’a nourrie pour concevoir le film. Ce texte m’a invitée à aiguiser mon attention vers les espaces simples mais très significatifs de chaque maison : la table de nuit, le tiroir, la cuisine : tous ces espaces et ces détails sont les expressions de l’être qui y habite. Les objets incarnent les histoires de ces femmes. Luz nettoie les casseroles et pour moi, ce sont comme des oeuvres d’art contemporain. C’est voir dans les éléments les plus simples, les aspects les plus profonds de la vie d’une personne.

La religion occupe une grande place dans la vie de ces femmes...

Je ne voulais pas commenter la religion dans le film. Je ne commente rien, j’observe. Fabiola se bat avec ses Saints, Elvira Suarez passe un contrat avec la Vierge. Chila parle à voix haute aux Anges dans l’église. C’est surprenant de voir comment elles expriment leur spiritualité et comment cet invisible et cet indicible s’incarnent dans leur vie.

Les différents récits de vie écrivent, en filigrane, une histoire de l’éducation des femmes en Colombie...

Oui. On me demande souvent pourquoi il n’y a que des femmes dans mon film. Je réponds que je ne suis pas d’accord, les hommes sont les sujets de conversations principaux des femmes ! Ils sont là. Elles ne parlent que d’eux. Comme j’ai reçu l’histoire de Jericó á travers la voix de ma grand-tante, c’était aussi un film de paroles de femmes. Je m’attendais à trouver des hommes auprès d’elles mais il se trouve que celles que j’ai choisies étaient, pour la plupart, seules. Ça s’est présenté comme cela, ce n’était pas intentionnel. L’absence des hommes en dit long sur la manière dont le masculin et le féminin sont vécus par cette génération. C’est pour cela qu’à la fin, j’ai placé un garçon à côté de Laura. Il lui dit de profiter du vent, de ne pas lutter contre, de se laisser porter. C’est comme un augure. Le garçon soutient la femme et ce n’est pas comme avec la génération précédente où un père disait à sa fille qu’elle ne pouvait pas faire des études.

A mesure que votre documentaire progresse, la tonalité joyeuse du début laisse place à une certaine gravité...

La progression du film est à l’image du caractère de ces femmes. La gravité cohabite avec l’humour. J’ai essayé de respecter leurs personnalités. Chaque moment grave était contrebalancé par la joie. Même quand Celina pleure, elle se raccroche tout de suite à une pensée positive, la réussite de ses enfants dans leurs études. C’est là toute la force de ces femmes. Leur capacité de réconcilier toutes les émotions de la vie, et d’accepter avec une grande dignité leur présent tel qu’il est.

L’idée de la transmission domine la dernière partie de votre film avec la présence de la jeune génération à l’image...

Quand je suis arrivée à Jericó, je voulais travailler avec des femmes âgées mais il y avait aussi des jeunes et énormément d’enfants. Je me suis dit que ma démarche n’était pas très juste. J’ai rencontré Manuela, l’infirmière, et Laura, qui était en train de préparer la fête des cerfs-volants. Chaque enfant en fabrique un à l’école. Je suis tombée amoureuse du visage de cette petite fille et j’ai commencé à la filmer. J’ai développé une histoire à partir de cette génération-là. Finalement dans le montage le choix de personnages s’est affiné et on s’est concentré sur huit femmes qui transmettaient les histoires qui nous paraissaient les plus fortes.

Le plan inaugural de ciel fait écho au dernier plan du film avec les cerfs-volants qui s’élèvent dans les airs. En quoi est-il symbolique ?

Le film est comme un serpent Ouroboros qui se mord la queue. Tandis qu’Elvira Suarez se prépare à mourir, Laura apprend à construire et à faire voler son cerf-volant. C’est la métaphore des cycles et des apprentissages de la vie, nous ne sommes que de passage dit Miss Suarez…

 

DISTRIBUTEUR : ARIZONA DISTRIBUTION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 





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