ESPACE SAINT-MICHEL

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Cinéma Espace Saint-Michel
  
PROGRAMME DE LA SEMAINE
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 THARLO, LE BERGER TIBETAIN de Pema TSEDEN

SORTIE NATIONALE : 3 Janvier 2018

2h03 – Chine – 2015

SYNOPSIS

Tharlo est un berger tibétain qui mène une existence paisible dans la montagne, éloigné des réalités du monde. A l’aune de ses quarante ans, il est convoqué par les autorités locales. Les nouvelles directives du gouvernement imposent la possession d’une carte d’identité pour tous les citoyens de la République Populaire de Chine. Pour la première fois, Tharlo descend en ville.

Sa découverte du monde urbain, et sa rencontre avec une jeune coiffeuse, vont bouleverser son existence...

PEMA TSEDEN PAR FRANCOISE ROBIN

Pema Tseden n’était ni prédestiné à devenir le fondateur du cinéma tibétain ni à figurer parmi les 50 meilleurs réalisateurs de moins de 50 ans dans le monde, selon le magazine canadien de cinéma " Cinémascope " en 2012. Les seuls films vus dans son enfance étaient des films de propagande nord-coréens ou albanais. Dans son milieu, celui de pasteurs nomades semi-sédentaires du nordest du Tibet, en Amdo (actuelle province du Qinghai, dans l’ouest de la Chine), et plus généralement au Tibet, le cinéma n’était pas un art populaire. Héritier d’une riche civilisation, qui a produit de grands mystiques, des philosophes et des poètes, mais pas de cinéastes, Pema Tseden a donc dû inventer de toutes pièces son identité cinématographique individuelle et, partant, celle du cinéma tibétain dont il est considéré comme la figure emblématique. Les trois longs métrages et le film de fin d’études qu’il a réalisés prouvent qu’il a su relever ce défi avec brio et exigence, puisqu’on y dénote l’influence formelle d’Abbas Kiarostami et de Théo Angelopoulos, pour la lenteur contemplative de ses films et son goût pour les cadrages éloignés.

Comme nombre de Tibétains nés pendant la Révolution Culturelle et éduqués en tibétain pendant l’embellie des années 1980, Pema Tseden est doté d’un double capital culturel et linguistique, puisqu’il est bilingue tibétain-chinois. Il possède par ailleurs une conscience aiguë des menaces qui pèsent sur la civilisation tibétaine. Imprégnée de bouddhisme, riche également de traditions populaires prébouddhiques, celle-ci est doublement malmenée : l’incorporation violente du Tibet à la Chine dans les années 1950 l’a rabaissée de culture dominante en Haute Asie à une culture minoritaire et folklorique, tandis que l’entrée rapide et non maîtrisée dans un modernisme consumériste menace ses valeurs traditionnelles. Enfin, Pema Tseden est également conscient de la fascination dont sa culture est maintenant l’objet, et qui risque d’achever de la transformer en simple produit touristique pour occidentaux et chinois en mal d’" authenticité " et de sens. Pema Tseden a souvent répété qu’il souhaitait mettre son art au service d’une nouvelle représentation cinématographique du Tibet : ni mystique ou idéalisée comme les Occidentaux aiment à la rêver, ni diabolisée ou caricaturée comme ce fut longtemps le cas dans le cinéma chinois. Pema Tseden nous offre donc de regarder le Tibet d’aujourd’hui par le truchement de la langue et des yeux tibétains, et avec des interrogations proprement tibétaines.

Avant d’embrasser une carrière de réalisateur, Pema Tseden, sans formation technique ni moyens financiers, échafauda des mondes imaginaires par le biais de l’écriture. Tout en poursuivant des études de littérature à l’université, il trouva rapidement sa place parmi les jeunes écrivains prometteurs de la nouvelle génération, publiant sa première nouvelle en 1994. Sa bibliographie est déjà fournie, avec plusieurs recueils de nouvelles et de nombreuses traductions (contes, textes bouddhiques et nouvelles d’autres auteurs tibétains) vers le chinois, toujours dans un souci de faire connaître en profondeur sa culture.

Le tournant a lieu en 2002, quand Pema Tseden réussit le concours d’entrée à la prestigieuse Académie du Film de Pékin, faisant de lui le premier tibétain à intégrer la section Réalisation. Une fondation américaine couvre ses frais de scolarité. Il fait équipe avec deux amis : Sonthar Gyal, professeur d’arts plastiques qui intègre la section Photographie, et qui a depuis signé un film remarqué (" The Sunbeaten Path ", 2011), et Dukar Tserang, musicien qui se spécialise en prise de son et termine un documentaire sur sa grand-mère (" They Are One Hundred Years Old "). Tous trois nouveaux venus dans la capitale chinoise, ils ont beaucoup de lacunes à combler par rapport à leurs homologues très majoritairement Hans (chinois ethniques) et urbains. En deux ans de présence à l’Académie, ils ne se rendront pas une seule fois sur la place Tiananmen, le centre touristique de Pékin, consacrant chaque minute à leurs études, au visionnage de films du monde entier et à la lecture d’ouvrages techniques et théoriques sur le septième art.

En 2004, Pema Tseden doit rédiger un projet de film de fin d’études. Le sien figure parmi les six projets retenus par l’école et obtient donc un financement pour un tournage en 35mm : c’est " Grassland " (2004), tourné près de son village natal, avec son complice Sonthar Gyal et le soutien de plusieurs camarades et enseignants de l’Académie. Ce premier film annonce quelques thèmes récurrents chez Pema Tseden : la plongée dans le monde rural tibétain (ici, le pastoralisme nomade) et le serment, ossature des relations humaines dans la société pastorale ; le bouddhisme (la réincarnation et le karma) et les croyances prébouddhiques (le yak sacré, les divinités du sol) ; la figure du graveur de pierres sacrées enfin. Celui-ci fait le lien avec le premier long métrage de Pema Tseden, qu’il réalise un an plus tard : " The Silent Holy Stones " (2005), sur un scénario initialement prévu pour être son film de fin d’études, mais que ses enseignants lui ont conseillé de transformer en long métrage. Ce film a pour personnage central un jeune moine plus passionné par la télévision que par la vie au monastère, tiraillé entre ce qu’on attend de lui (l’étude, les prières, un intérêt pour les études bouddhiques) et ce vers quoi ses goûts l’attirent (la télévision et plus généralement, la modernité matérielle). Le film nous permet de pénétrer dans un quotidien tibétain d’aujourd’hui : la vie dans le monastère, la vie au village et, au-delà, les interrogations sur les valeurs à privilégier dans un monde en mutation. Un graveur de pierres, délaissé par son fils parti faire fortune à Lhassa, sans personne pour perpétuer son art, meurt pendant le film : symbolise-t-il le sort prochain de la civilisation tibétaine ? Pema Tseden se garde bien de fournir une réponse. Le film est remarqué lors de festivals internationaux et par le cinéaste et producteur chinois Tian Zhuangzhuang, mentor des nouveaux talents en Chine, qui comprend que les films de Pema Tseden recèlent la promesse d’un ton et de thèmes nouveaux dans un cinéma chinois urbain, désenchanté et postmoderne.

Son second film, " The Search " (2009), poursuit cette interrogation sans réponse, tout en souscrivant au genre du " road movie " : un metteur en scène (joué par Menla Kyab, le comique le plus célèbre de l’Amdo ici dans un rôle sobre et discret) sillonne les routes de l’Amdo, en quête d’acteurs pour tourner une adaptation de Drimé Kunden, un opéra célèbre du répertoire tibétain.

Les pérégrinations du réalisateur et de son équipe les mènent de village en village: cette superbe promenade dans des paysages du Tibet peu explorés par le cinéma est le prétexte pour faire le point sur l’état actuel de la scène artistique tibétaine et donc sur la transmission patrimoniale. On assiste aux auditions plus ou moins formelles de chanteurs de village, d’acteurs professionnels, de troupes d’amateurs, d’étudiants d’école de danse, et même d’un Charlie Chaplin tibétain. Parallèlement, la mention récurrente de Drimé Kunden permet de mettre en avant une vertu que Pema Tseden, comme nombre de ses congénères, considère avec fierté comme emblématique du monde tibétain. En effet, Drimé Kunden est un prince bouddhique si généreux qu’il n’hésite pas à faire don de son royaume, de sa famille et de ses propres yeux aux nécessiteux. Il incarne, au sens propre, la charité, une des six vertus supérieures prônées par le bouddhisme tibétain. Drimé Kunden était déjà présent dans le premier film de Pema Tseden, puisqu’on y voyait le petit moine dédaigner une représentation traditionnelle de cette oeuvre dans le village, au profit d’un film de kung-fu projeté dans une bicoque minable et sur un écran minuscule. Dans " The Search ", le réalisateur en quête d’interprètes finit par ne plus savoir qui il cherche vraiment. Est-ce parce qu’aucune culture ne se laisse capturer facilement ? Ou parce qu’en ces temps bouleversés, il est difficile de déterminer avec certitude ce qui définit l’identité de la culture et des valeurs tibétaines ?

En 2010, Pema Tseden tourne son troisième film, " Old Dog " (2011) avec la même fidèle équipe de collaborateurs tibétains. La beauté des paysages de " The Search " cède la place à la laideur des villes nouvelles qui poussent, incongrues, sur d’anciens pâturages, et tombent déjà en ruine, à peine construites. Un homme marié mais sans enfant et son vieux père s’opposent au sujet du sort de leur mastiff, race canine très prisée par les nouveaux riches chinois, nouveau signe extérieur de richesse dans une Chine soumise au diktat de l’argent. Le fils vend le chien sans le consentement du père, mais celui-ci le rachète puis refuse obstinément toutes les offres d’achat, même les plus inespérées. Il est tentant d’interpréter l’impuissance du fils et le conflit entre les deux hommes, qui se termine sur une scène inattendue et sans concession, comme des symboles de l’impasse où se trouve la culture tibétaine ou, plus généralement, des obstacles à la transmission culturelle en ces temps de modernité. Mais, comme toujours, Pema Tseden laisse le spectateur libre de son interprétation et libre de décider si, dans ses propres films, il est question du Tibet, de la société humaine, ou des deux.

PEMA TSEDEN : A PROPOS DE THARLO ET DU CINEMA TIBETAIN

Professionnalisation du cinéma tibétain

Le nombre de films tibétains augmente depuis que j’ai fait mes études. Quand je me suis installé à Pékin, il y avait peu de professionnels du cinéma tibétains. J’ai réussi à m’entourer de personnes compétentes qui ont formé la base d’une équipe soudée : Sonthar Gyal mon chef opérateur, Sangye Gyatso, mon producteur, et Dukar Tserang mon ingénieur du son.

Au Tibet, il est difficile de trouver des financements pour produire un film, et le réseau de salles n’est pas suffisant pour rentabiliser les sorties. On est obligé de penser un film à la fois pour un public tibétain, chinois et aussi international. Mon premier long-métrage " The Silent Holy Stones " était l’un des premiers films en langue tibétaine alors que le cinéma chinois fêtait ses 100 ans !

Je suis heureux de constater que dix ans plus tard le cinéma tibétain s’est développé et que beaucoup de jeunes tibétains veulent faire des films et se professionnalisent. En 2005 par exemple, il n’y avait pas d’acteurs tibétains professionnels qui parlaient le dialecte de l’Amdo.

Les choses ont beaucoup évolué depuis et c’est plutôt rassurant.

Le cinéma tibétain commence à trouver sa place dans les salles et les festivals internationaux parce qu’on propose des films avec une vraie démarche d’auteur, ce qui n’est pas le cas de tous les films chinois. Malgré les mille films chinois produits chaque année, peu sont diffusés, et la part des films Art et Essai diminue. On observe l’inverse avec le cinéma tibétain.

" Tharlo " a été montré à Pékin, à Shanghai et dans de nombreuses villes en Chine. Avoir un film en langue tibétaine avec une si large diffusion en Chine était intéressant, notamment par rapport aux réactions du public. Les cinéphiles chinois ont beaucoup apprécié le film, les autres y ont vu le destin d’un homme qui les touchait directement. Beaucoup, qu’ils soient chinois ou tibétains, se sont identifiés à Tharlo.

Dans certaines villes tibétaines nous avons aussi été confrontés à un problème de langue. Le film est tourné dans le dialecte tibétain de l’Amdo qui ne ressemble pas au tibétain de Lhasa. Les Tibétains qui ne parlent ni le dialecte de l’Amdo, ni le chinois (langue des sous-titres du film), n’ont pas pu comprendre. Pour cela il aurait fallu doubler le film dans les deux grands dialectes (Lhasa et Khams) car peu de Tibétains savent lire. Mais cette solution est compliquée d’un point de vue économique car en Chine il y a beaucoup de piratage et il est très difficile de rentabiliser ce genre d’investissement. Je suppose qu’une bonne partie des Tibétains a vu le film en ligne de manière illégale. Dans les cinémas en Chine, le film a fait 1 million d’entrées ce qui peut paraître peu par rapport à la population, mais c’est beaucoup pour un film tibétain. Au Festival Taipei Golden Horse de Taïwan, il a obtenu plusieurs prix qui ont probablement facilité sa sortie sur les écrans en Chine dans le circuit Art et Essai. Et aujourd’hui, plusieurs cafés au Tibet s’appellent " Café Tharlo ".

" Tharlo " a également été sélectionné dans une trentaine de festivals internationaux dont Venise et a obtenu entre quinze et vingt prix. A l’étranger, il a été distribué dans plusieurs villes des Etats-Unis après avoir été montré au MOMA à New York. Il a également été distribué en salles en Grande-Bretagne en 2016.

Signification de Tharlo

Au Tibet, les noms sont donnés aux enfants par les lamas ou les parents. Mon personnage est orphelin. Il a oublié son véritable nom, et les gens l’ont surnommé " Tharlo ", ce qui signifie " Celui qui est libéré ". C’est une boutade au regard de son destin tragique. Progressivement il va oublier ce surnom et ne retenir que le second : Ralo, qui signifie " Petite natte ".

Choix de mise en scène de Tharlo

Que ce soit dans " Tharlo " ou dans mes précédents films, je choisis mes décors en fonction de ce que je souhaite exprimer. L’histoire se passe en hiver pour refléter le destin du personnage et son état intérieur. Tharlo est un berger orphelin, sans carte d’identité. C’est un homme qui se cherche et qui, au lieu de se trouver, finira par se perdre. Il a grandi dans la montagne. C’est son cadre, ce qu’il connait. Quand il descend en ville, il sort de ce cadre (et je le traduis de manière littérale dans mon film) et devient étranger aux autres et à lui-même.

C’est une histoire qui pourrait arriver au Tibet comme ailleurs et qui possède une dimension universelle. Tharlo est un archétype qui permet à chacun de s’identifier à son parcours. Il est comme un immigré dans une ville inconnue, sans repère. Evidemment le film s’inscrit dans un contexte social et culturel et ceux qui connaissent bien le Tibet auront probablement plus de clefs pour comprendre certains passages du film. Par exemple dans la première scène, quand Tharlo récite " Servir le peuple " de Mao. Il s’agit d’un texte fondateur du communisme chinois qui a construit Tharlo, et qui fait pour lui office de religion. Pour les Tibétains c’est une scène significative alors que cela pourra paraître anecdotique aux yeux des Occidentaux. Mais l’histoire transcende ce contexte. Il y a plusieurs niveaux de lectures possibles et on peut très bien ne pas connaitre la culture tibétaine et s’identifier au personnage de Tharlo.

DISTRIBUTEUR : ED DISTRIBUTION

 

 

 

 

 

 

 

  

 



 


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LES DEUX SALLES SONT EQUIPEES EN NUMERIQUE 4K

Programmation du cinéma du 22 au 28 Novembre 2017

SALLE 1

LA EDUCACION DEL REY de Santiago ESTEVES - (VOSTF)
Tous les jours : 15h15, 17h00, 20h25, 22h10
Mercredi, Samedi, Dimanche, Mardi : 13h30

L’ORAGE AFRICAIN de Sylvestre AMOUSSOU - (VOF)
Tous les jours : 18h45

Samedi 25 novembre : Séance de 18h45 suivie d’un débat avec le réalisateur du film, Sylvestre Amoussou.

SALLE 2

KHIBULA de George OVASHVILI - (VOSTF)
Tous les jours : 14h25, 18h20, 20h10 (sauf mardi), 21h55
Mercredi, Lundi, Mardi : 12h40

DERRIERE LES FRONTS de Alexandra DOLS - (VOSTF)
Tous les jours : 16h15
Jeudi, Vendredi, Lundi : 13h10

Samedi 25 novembre : Séance de 16h15 suivie d’un débat en présence de la réalisatrice et de Sbeih Sbeih, docteur en Sociologie, spécialitse de l’aide internationale du développement et la professionnalisation des ONG en Palestine. Chercheur IREMAN à l’université Aix-Marseille.

Dimanche 26 novembre : Séance de 16h15 suivie d’un débat en présence de Omar Slaouti, militant de la campagne B.D.S (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), débat animé par Ady Seddik, interprète sur le film.

L’ASSEMBLEE de Mariana OTERO - (VOF)
Jeudi, Vendredi : 12h40
Mardi : 20h10

VA, TOTO ! de Pierre CRETON - (VOF)
Samedi : 12h45

KALACHAKRA, L’EVEIL de Nathalie FUCHS - (VOSTF)
Dimanche : 12h55