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ISOLA de Fabianny DESCHAMPS

SORTIE NATIONALE : 6 Décembre 2017

1h33 – France– 2016

 

SYNOPSIS

Sur une île perdue entre Afrique et Europe, Dai, une jeune chinoise enceinte, s’est échouée comme par magie. Chaque jour, elle scrute les visages des migrants qui débarquent par milliers, espérant parmi eux retrouver le père de son enfant.

Tandis que le paradis insulaire se meut peu à peu en un cimetière balnéaire, Dai doit se réinventer pour survivre. Elle trouve alors refuge dans une grotte, une enclave où l’imaginaire est roi, où elle et son enfant à venir pourront peut-être résister à la violence du monde qui gronde au dehors.

ENTRETIEN AVEC FABIANNY DESCHAMPS

Quelles ont été les conditions de production d’Isola ?

Comme pour " New Territories ", le film est intégralement en langue étrangère, ce qui rend son financement compliqué. Faire un film rapidement dans des conditions économiques restreintes relevait d’un choix politique. Par son sujet, le film aurait pu trouver des financements, mais il y avait une urgence à donner de la visibilité à ces débarquements de migrants en Italie. Il fallait faire vite pour pouvoir filmer cette actualité. Il y a trois ans nous étions à Cannes pour " New Territories ", tout de suite après j’ai écrit " Isola ", et quatre mois plus tard nous commencions à tourner à Lampedusa.

Grâce à mes producteurs, j’ai pu conserver la liberté formelle que j’avais acquise avec " New Territories " puisque j’étais délestée du devoir d’écrire un scénario calibré pour les commissions de financement. " Isola " s’est fait en deux ans, c’est extrêmement rapide. Pour moi ça n’aurait pas eu de sens de le porter pendant des années alors que l’actualité criait au dehors.

Avez-vous écrit le film pour Yilin Yang ? Qui est cette comédienne ?

Yilin Yang était déjà la protagoniste de " New Territories ", mais une protagoniste amputée, perpétuellement hors champ. Cela a créé une frustration tellement grande que j’ai voulu écrire un film pour elle. C’est une comédienne formidable. Quand je l’ai rencontrée pour " New Territories ", je n’ai pas eu besoin de l’auditionner, cela a été une sorte d’évidence.

Nous parlons très peu durant le travail, abordons très peu la psychologie, quelque chose nous lie dans l’approche créative qui est de l’ordre de l’instinctif. Yilin m’avait prévenue qu’elle souhaitait avoir un enfant et elle m’avait demandé quand ce serait possible au vue du calendrier du film. Je lui ai dit " soit maintenant et je réécris le film, soit dans deux ans ". Quelques semaines plus tard, elle était enceinte. C’était un cadeau inestimable, j’ai dès lors réécrit le scénario sous cet angle, l’enfant à venir, la promesse du monde qu’on lui donnera à voir. L’idée de l’enfance était centrale dès le départ, je voulais construire une fable. J’ai beaucoup pensé à Peter Pan, avec " l’île du jamais jamais ", imaginaire peuplé de garçons perdus, et de femmes enfants dangereuses.

Comment avez-vous tourné les scènes documentaires ?

Comme il est impossible de tourner une fiction dans les zones militaires et les centres de rétention, nous avons dû ruser. Grâce à des soutiens nous avons pu obtenir des accès presse factices et nous nous sommes fait passer pour une équipe de télévision française pour obtenir des autorisations préfectorales. Mais même dans ces conditions, les caméras demeuraient très mal acceptées, extrêmement contrôlées.

Il existe d’ailleurs des centres de rétention " témoins ", où les migrants sont rémunérés pour dire ce que l’on préfère entendre de leur réalité quotidienne en rétention.

Parfois aussi, on nous donnait de fausses informations quant à l’arrivée des bateaux, et nous arrivions trop tard. De fait, beaucoup de scènes ont été tournées à la volée. Le débarquement que l’on découvre à la fin du film était un sauvetage d’urgence, celui d’un navire commercial qui avait récupéré des centaines de personnes à la mer.

Il y a eu 500 morts cette nuit là... Nous n’avions aucune autorisation pour filmer mais nous avons profité du chaos ambiant pour nous faufiler.

J’ai également eu l’appui d’une chercheuse italienne très politisée, grâce à qui j’ai su, en amont, qu’il serait difficile d’accéder à ce type d’images et que le film devait se faire en clandestinité. Hazem Berrabah, le chef opérateur, tournait avec un appareil photo, plus discret qu’une caméra. Et Yilin Yang improvisait avec un micro cravate dissimulé. Nous étions déterminés à montrer des images inédites.

Quelle est votre place de cinéaste dans ces scènes de débarquement ?

Tout se raconte au travers de la subjectivité de cette jeune chinoise décalée, perdue sur cette île, cette tour de Babel où les gens ne peuvent pas communiquer. " Isola " veut dire " île " en italien mais suggère également l’idée de solitude.

L’isolement de Dai est celui de tous les migrants. Je me suis demandé pourquoi ces images de débarquement, de naufrages dramatiques, publiées tous les jours dans la presse ne nous atteignaient plus. Je me suis dit que la fiction était une manière de réapprendre à voir le réel en trouvant une distance nouvelle face à la vélocité de l’information.

Dai semble avoir été déposée comme par magie dans un monde qui ne lui appartient pas. Elle est d’une naïveté qui confine à la folie, pas seulement la sienne, mais celle du monde en son entier.

Dans ces scènes de débarquement, je voulais montrer le protocole autoritaire en action : rétention, classification, identification… Il y a dans ces séquences quelque chose d’un fascisme qui se déploie. Le film est traversé par la menace autoritaire, menace à laquelle nous sommes actuellement tous confrontés, avec ces portes qui se referment, la montée des protectionnismes, et de l’idéologie d‘extrême-droite.

Pour les scènes documentaires j’ai adopté un traitement proche de la science fiction, comme si le plus invraisemblable n’était pas la fiction (toute surréaliste qu’elle soit ici) mais la réalité. La première fois que j’ai assisté à un sauvetage, je savais comment ça se passait, comme tout le monde j’avais vu les images, je m’étais documentée, mais devant cette réalité je me suis dit " ça n’est pas possible ". Huit cents personnes qui se déversent, enfants, nouveaux-nés, femmes enceintes, qui sont récupérées par la police, classées, ordonnées, enfermées, cela n’est pas possible qu’on en soit là. Ces drames humains pointent l’échec de tout un système de pensée de notre civilisation moderne. Devant ce spectacle j’étais traversée par l’idée de la fin d’une certaine idée de notre monde, et cette pensée a hanté toute l’écriture puis le film lui-même.

Face à cette violence du monde, vous proposez l’imaginaire pour refuge.

Oui, en réponse à cette violence, Dai se terre dans sa grotte où elle se recrée un théâtre du monde empreint de mysticisme oriental, de pensées magiques. Dai préfère rester dans sa grotte que d’aller se faire aider par la Croix-Rouge. Dans sa manière candide d’être au monde, se faire aider veut dire être privée de liberté. Les centres de rétention sont des prisons à ciel ouvert.

Dans cet entre-deux mondes, ces limbes territoriaux et juridiques, les gens sont condamnés à l’errance pendant des années, avec peu de possibilité d’intégration. Mais il y a aussi des gens qui se dévouent bénévolement pour aider les migrants. " La Scuola verde " - centre de rétention pour mineurs – qu’on voit dans le film en est un exemple, ce sont des éducateurs militants qui s’en occupent. Le personnage de Salvatore en est un autre. Il ne peut pas résoudre le problème de Dai mais il fait ce qu’il peut. Et il le fait avec humanité.

Pouvez-vous nous parler des histoires du tremblement de terre et celui de la cage ?

Cette histoire de tremblement de terre que raconte Dai, dans lequel elle aurait perdu sa famille lors de son enfance en Chine, on ne sait pas si c’est vrai ou faux. A-t-elle inventé cette histoire pour rendre supportable la précarité de sa vie dans la grotte ? Ou vit-elle dans une grotte pour recréer le cocon de son enfance perdue ? Ou est-ce seulement une parabole d’une catastrophe à venir ? Je ne résous pas cette question. Comme dans " New Territories ", je navigue entre deux mondes, réel et irréel.

Ce qui est donné à voir avec le personnage de Hichem, l’absurdité de cet homme enfermé dans cette cage, tour à tour tangible puis fantomatique, n’existe pas dans le fond. Il s’incarne dans l’univers factice de Dai. C’est une figure, une vue de l’esprit, c’est pour cela que la libération de ce personnage se fait de manière hallucinée. Le rapport entre le tangible et l’intangible est une question qui me passionne, raison pour laquelle dans mes deux longs métrages le point de vue épouse celui de personnages qui ont un rapport perturbé au réel.

Cela contient un mal être au monde mais rend hommage également à la puissance de l’imaginaire sur ce dernier. Cela fait presque vingt ans que je fais des films, j’ai réalisé cinq courts métrages, des pièces de théâtre, des textes, et je raconte toujours la même histoire, je creuse ce sujet qui m’obsède, mouvant par essence et donc insaisissable.

Vous retravaillez ici avec Olaf Hund, qui a déjà composé la musique de New Territories.

Avant mon dernier court métrage (La lisière, 2009), j’avais une phobie de la musique dans les films. C’est ma rencontre artistique avec Olaf Hund, qui n’est pas un compositeur de musique de film à l’origine, qui m’a fait changer de point de vue. Nous avons une grande connivence artistique et une volonté commune d’emmener le spectateur dans une expérience visuelle et sonore.

L’équipe dans son ensemble est assez internationale…

C’était peut-être un voeu pieux, mais nous sommes portés par des symboles, je voulais que l’équipe du film soit élaborée des deux côtés de la Méditerranée, en accord avec le sujet du film qui fait de la Méditerranée une frontière, un cimetière marin.

Une partie de l’équipe vient donc de Tunisie (le chef opérateur Hazem Berrabah, l’assistant image Adonis Romdhane, Julien Hecker d’Audimage et Feten Jaziri qui a collaboré au scénario…), Yassine Fadel, qui interprète le rôle d’Hichem, vient, lui, du Maroc, et le reste de l’équipe est française, italienne et espagnole.

Quels sont vos prochains projets ?

Mes projets futurs sont traversés par un questionnement trivial mais nécessaire : " Comment continuer à faire des films dans des économies légères, garantie pour moi de liberté de fabrication et en même temps parvenir à une maturité formelle qui elle demande des moyens ? "

C’est une équation difficile à résoudre mais qui est au coeur de ma vie personnelle et artistique, dont je ne sais me défaire parce que je ne conçois pas de continuer à faire des films autrement. Plusieurs projets m’animent, un en Inde et l’autre au Portugal.

BIOGRAPHIES

Fabianny Deschamps étudie le théâtre pendant 12 ans dans différentes compagnies, puis au Conservatoire, au Cours Florent et à l’université avant de se destiner à la mise en scène. Après des travaux assimilés au vidéo art, elle réalise Histoires de Bonsaï qui lui permet de rencontrer Nathalie Trafford (Paraiso production), sa productrice actuelle qui produira ses trois courts-métrages En mon sein, Le Grand Bassin, La Lisière, puis son premier long-métrage, New Territories, ainsi qu’Isola sélectionné à l’Acid au Festival de Cannes. Elle partage son temps entre Lisbonne et Paris et ses activités entre le théâtre et le cinéma.

Yilin Yang a quitté Taïwan à 22 ans pour suivre des études d’art dramatique à l’université de Paris III, où elle a rencontré son mentor, Richard Demarcy. Après avoir intégré sa troupe de théâtre de Demarcy, elle a poursuivi sa formation professionnelle à l’Ecole Claude Mathieu à Paris. Depuis 2008, elle commence à jouer pour la télévision et le cinéma. Elle interprétait l’un des personnages principaux dans la comédie musicale télévisée La Chanson du Dimanche, puis elle a travaillé avec des réalisateurs film / TV comme Gilles Bannier, Katia Lewkowicz, Jean- Baptiste Saurel, Zoltan Mayer, Cédric Ido, Modi Barry... Elle partage son temps entre la télévision, le cinéma et le théâtre. Isola est le deuxième film qu’elle tourne avec Fabianny Deschamps.

Yassine Fadel rencontre en 2012 Philipp Stölzl, le réalisateur du film The Expatriate qui lui offre son premier rôle au cinéma. Depuis, les tournages l’ont fait voyager : au Canada avec Diego Star de Frédérik Pelletier, en Belgique avec La Part Sauvage de Guérin Van der Orst, en France avec Les Conquérants de Xabi Molia, en Angleterre avec la série The Missing et récemment en Italie pour Ustica. Il obtient un premier rôle dans Isola. Depuis, il a participé à la série Homeland en 2016 et la série The State en 2017. Il tourne actuellement dans une nouvelle série danoise : The Team II.

Olaf Hund est auteur-compositeur, performer pluridisciplinaire et se définit comme artiste post électronique. Il s’est fait connaître en tant que musicien sur la scène électro en 1999, au début de la French Touch. Il développe alors son label Musiques Hybrides, chez Virgin en France et en indépendant à l’étranger, en lançant les artistes Alexis HK, Leonard de Leonard, Louise Vertigo, DJ Wizz, Norazia, Core-Tex Labs, Black Landlord ou Nicolas Police. Il partage son temps entre la composition pour le cirque contemporain, les courts-métrages alternatifs, les défilés haute couture et son travail de musicien. Il a aussi développé un collectif transdisciplinaire (FreeComplex).

DISTRIBUTEUR : LA HUIT



 


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LES DEUX SALLES SONT EQUIPEES EN NUMERIQUE 4K

Programmation du cinéma du 22 au 28 Novembre 2017

SALLE 1

LA EDUCACION DEL REY de Santiago ESTEVES - (VOSTF)
Tous les jours : 15h15, 17h00, 20h25, 22h10
Mercredi, Samedi, Dimanche, Mardi : 13h30

L’ORAGE AFRICAIN de Sylvestre AMOUSSOU - (VOF)
Tous les jours : 18h45

Samedi 25 novembre : Séance de 18h45 suivie d’un débat avec le réalisateur du film, Sylvestre Amoussou.

SALLE 2

KHIBULA de George OVASHVILI - (VOSTF)
Tous les jours : 14h25, 18h20, 20h10 (sauf mardi), 21h55
Mercredi, Lundi, Mardi : 12h40

DERRIERE LES FRONTS de Alexandra DOLS - (VOSTF)
Tous les jours : 16h15
Jeudi, Vendredi, Lundi : 13h10

Samedi 25 novembre : Séance de 16h15 suivie d’un débat en présence de la réalisatrice et de Sbeih Sbeih, docteur en Sociologie, spécialitse de l’aide internationale du développement et la professionnalisation des ONG en Palestine. Chercheur IREMAN à l’université Aix-Marseille.

Dimanche 26 novembre : Séance de 16h15 suivie d’un débat en présence de Omar Slaouti, militant de la campagne B.D.S (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), débat animé par Ady Seddik, interprète sur le film.

L’ASSEMBLEE de Mariana OTERO - (VOF)
Jeudi, Vendredi : 12h40
Mardi : 20h10

VA, TOTO ! de Pierre CRETON - (VOF)
Samedi : 12h45

KALACHAKRA, L’EVEIL de Nathalie FUCHS - (VOSTF)
Dimanche : 12h55