ESPACE SAINT-MICHEL

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HOME de Fien TROCH

SORTIE NATIONALE : 13 Septembre 2017

1h47 – Belgique– 2016

 

SYNOPSIS

Kevin, 17 ans, sort de prison. Pour prendre un nouveau départ, il s'installe chez sa tante et se lie d’amitié avec son cousin et ses amis. Ce nouvel équilibre le sauvera-t-il de la délinquance ? Confiance, complicité et trahison se succèdent jusqu'à ce qu'un évènement inattendu bouleverse à jamais le quotidien de ces adolescents.

A PROPOS DE LA REALISATRICE

Fien Troch est née en Belgique en 1978.

Elle est diplômée de l’Ecole d’Arts LUCA de Bruxelles en 2000 où elle a également enseigné. Elle a écrit et dirigé de nombreux courts métrages grâce auxquels elle se fait un nom.

Son premier long-métrage Een ander zijn geluk (Someone Else's Happiness, 2005) est une plongée dans une communauté confrontée à la mort d’un enfant.

Trois ans après, Fien est sélectionnée à la Résidence de la Cinéfondation au Festival de Cannes et réalise son deuxième long-métrage, Unspoken (2008), qui traite de la disparition d’une petite fille. La première mondiale du film a lieu au Festival International du Film de Toronto (TIFF).

En 2011, elle réalise son troisième long-métrage, Kid, la bouleversante histoire de Kid, un enfant de 7 ans, fils de fermier. Le film a été sélectionné et primé dans plusieurs festivals dans le monde.

Avec son dernier film, Fien gagne un prix avant même que le tournage ne débute : le Prix International Arte France Cinéma au TorinoFilmLab pour le scénario de Home.


ENTRETIEN AVEC LA REALISATRICE

Quels sont les faits réels dont s’inspire votre film ?

J’avais vu un documentaire à la télévision, il y a longtemps, sur une relation incestueuse mère- fils.

Elle abusait de lui depuis l’âge de ses 3 ans et à 16-17 ans, il n’avait pas du tout les ressources pour se défendre. Torturé physiquement et émotionnellement par sa mère, ce jeune homme ne pouvait pas réagir normalement car il n’avait jamais appris à le faire. C’est toute cette guerre émotionnelle que je voulais décrire. Cette histoire m’intéressait aussi car elle déplaçait le problème de l’inceste sur le terrain de la relation mère-fils, là où habituellement on parle plus volontiers des pères et de leurs filles. En précisant que mon film est basé sur des faits réels, je voulais montrer que la réalité dépasse parfois la fiction.

Quelle est la genèse du film ?

Mon idée de départ était celle d’un jeune garçon qui trouve refuge chez une femme. Elle habitait seule dans une grande maison isolée. Je voulais observer l’évolution de leur relation. Dans mes films précédents, je m’attachais à la relation parents-enfants mais maintenant que je suis mère, je voulais prendre de la distance par rapport à l’enfance, en m’intéressant plutôt à des adolescents. Je souhaitais opérer, de cette manière, une rupture stylistique par rapport à mes autres films. J’ai pensé que filmer la jeunesse serait un bon moyen pour injecter un surcroît d’énergie à mes récits. C’est une énergie spontanée et j’en avais besoin à ce moment-là. J’éprouve peut-être de la nostalgie par rapport à ma propre adolescence qui a été une période que j’ai aimée et détestée à la fois. Quand j’ai commencé à écrire, je suis tombée amoureuse de cette génération. Je voulais en faire un portrait tendre et complexe. J’ai décidé aussi pour la première fois d’écrire avec mon mari Nico Leunen qui monte mes films d’habitude. Il m’a interviewée, en me demandant de lui raconter tous les éléments que j’avais en tête. A partir de ce que je lui ai dit, il a écrit un canevas narratif. On a établi alors les relations entre les personnages. J’aime qu’ils soient actifs, vivants et en mouvement. Je désirais les ancrer dans des situations réalistes.

Peut-on affirmer que Lina, que l’on voit se faire réprimander par le proviseur dans la scène d’ouverture du film, est une projection de vous-même à cet âge-là ?

Au départ, je protestais quand on me faisait cette remarque. Mais depuis, je me suis rendue à cette idée ! La scène d’ouverture s’inspire de situations spécifiques que j’ai vécues à l’époque où j’étais adolescente. Lina ne sait pas très bien où elle va et ce qu’est l’amour. Il y a plus de moi-même dans ce personnage que je ne l’avais prévu au début.

Pouvez-vous nous parler plus précisément de ce personnage féminin qui traverse le film comme un témoin, au même titre que le spectateur. Etait-ce la fonction que vous souhaitiez lui assigner ?

En effet, c’était mon intention. Je voulais un personnage neutre, qui observe et réfléchit. John et Kevin ont un lourd passé. Lina contrebalance ça. Elle incarne l’indécision spécifique à cet âge. Elle a un copain, rencontre un autre garçon, engage une relation avec lui, sans savoir vraiment pourquoi. Ce personnage féminin intervient moins dans la construction du récit que les autres protagonistes dont les actions permettent de faire avancer l’intrigue. Elle prend une décision prudente à la fin, en choisissant de rester avec Sammy et n’est pas juste là, posée dans l’histoire, parce que j’avais besoin d’une fille. C’est un miroir. Ce n’est pas parce qu’elle semble passive qu’elle ne fait rien. C’est précisément pour cela qu’elle est très importante.

Comment avez-vous trouvez vos acteurs ?

Je souhaite d’abord préciser qu’aucun des acteurs n’est professionnel. Nous avons organisé des castings pendant lesquels on rencontrait des jeunes, professionnels et débutants mélangés, pendant vingt minutes. La directrice de casting leur demandait comment ils voyaient leur avenir dans 20 ans. Elle les faisait réagir à des vidéos sur Youtube. Ça m’a permis de voir comment ils étaient à l’image et dans la vie. Je tenais à avoir des acteurs qui vivaient leur vie d’adolescents, qui sortaient et ne restaient pas devant la télévision, le soir avec leurs parents. La deuxième étape a consisté à leur donner du texte. Ils étaient libres d’improviser dessus. Les quatre adolescents que j’ai retenus ne se disaient pas qu’ils allaient devenir des stars de cinéma. On a trouvé le personnage de Kevin dans un skatepark. Celui de John, c’est sa mère qui l’avait inscrit au casting. Ils restaient eux-mêmes, alors que je sentais trop la fabrication chez les acteurs professionnels.

Comment avez-vous créé cette énergie de groupe que l’on sent dans le film avec des acteurs qui, initialement, ne se connaissaient pas ?

Le casting a eu lieu six mois avant le tournage. Nous nous sommes beaucoup vus avant mais c’était compliqué pour moi de faire naître de l’amitié entre eux, d’autant que tous n’habitaient pas Bruxelles. Chacun avait ses amis, sa vie, donc ils ne comprenaient pas pourquoi j’essayais de les forcer à sortir ensemble ! Ils se voyaient beaucoup pendant les répétitions ou pour parler du film, mais je ne pouvais pas les obliger à devenir amis… Sur le tournage, nous étions une équipe réduite. Nous avons tourné sans maquillage, ni lumière, dans une maison où nous pouvions déplacer librement la caméra. Ils se sentaient donc à l’aise avec moi. Ce sentiment d’appartenance à un groupe s’est plutôt développé sur le plateau. Parfois déstabilisés ou seuls, ils avaient besoin les uns des autres. Je ne leur disais pas toujours quand je lançais la caméra. Je les laissais parler entre eux, de manière à saisir des moments plus organiques.

Pourquoi intégrer les vidéos réalisées par les jeunes, au moyen de leurs smartphones, à votre film ?

Les jeunes filment et se prennent en photo tout le temps ! Dans un souci de réalisme et pour en faire des personnages actifs, nous avons décidé de confier un téléphone à chacun des acteurs. Ils avaient pour consigne de filmer ce qu’ils voulaient. A la fin d’une scène, par exemple, je leur demandais de rester et de continuer à filmer, après que l’équipe ait quitté les lieux. La seule scène que nous avions prévue de tourner avec le smartphone est celle du meurtre de la mère, lorsque John et Kevin sont dehors. Ce procédé permet de capter l’esprit de l’époque. Au montage, j’avais un peu peur que leurs images soient plus réalistes que les miennes. Mais le mélange fonctionne bien je crois ; parfois même, les spectateurs ne distinguent pas ces deux régimes d’image différents…

La relation de confiance et de proximité que vous avez établie avec vos acteurs vous a-t-elle permis d’aborder sereinement les scènes de sexe explicites avec eux ?

On a décidé assez tard pendant le tournage que ces scènes seraient explicites. Ma volonté n’était pas de choquer. Mais cela aurait été étrange de filmer tout, sauf la sexualité. On aurait eu le sentiment que la caméra se cachait. Le plus difficile a été d’en parler avec les acteurs. Quel vocabulaire employer ? Finalement, à force d’en discuter avec mille précautions, ils ont tenu à essayer pour évacuer le problème. Je leur ai dit que s’ils n’étaient pas à l’aise, on arrêtait. La scène incestueuse entre John et sa mère a été possible car mes deux interprètes se connaissaient bien. Ils venaient sur le tournage ensemble. Tout le monde se sentait à l’aise. L’intimité ne se situe pas forcément là où on le pense sur un plateau. Par exemple, le comédien qui joue Sammy est en proie parfois à des crises d’angoisse. Je lui ai demandé de simuler cela dans le film et de son aveu, c’était la scène la plus difficile à faire pour lui dans le film. Il ne pensait jamais pouvoir s’exposer de la sorte devant quelqu’un, alors qu’à côté de cela, il avait une scène de masturbation ! Mais ça le touchait moins personnellement.

En quoi Larry Clark est-il une influence pour vous ?

J’ai vu ses films quand j’étais plus jeune et ils m’ont beaucoup influencée à l’époque. Moins aujourd’hui. Mais Kids a été néanmoins une grande claque. Je voulais faire un film dans lequel les jeunes ne sont pas pervertis, mais ne sont pas des saints non plus. Pour cela, je me suis replongée dans les sentiments que j’avais éprouvés il y a des années, en voyant les films de Larry Clark. Je souhaitais retrouver la noirceur de sa vision, conjuguée à son geste cool. Mais en effet, je ne peux pas dire quand je vois Home, que je n’ai pas été influencée par Kids.

Les adultes dans votre film sont monstrueux. Animés de pulsions inavouables à l’endroit des adolescents, ils sont dans l’abus en permanence. Pourquoi avoir voulu marquer cet écart générationnel aussi violemment ?

Simplement parce que mon coeur est avec les adolescents. En même temps, je ne voulais pas stigmatiser les adultes. Cet écart existe toujours. Beaucoup de jeunes n’arrivent pas à communiquer avec leurs parents. Quand j’écris, je recherche toujours les extrêmes pour, à la fin, les aplanir. Sonia, la mère de Sammy qui accueille Kevin, voulait faire une bonne action au départ. Elle se retrouve confrontée à des émotions qu’elle n’avait pas anticipées. C’est un personnage négatif, mais on ne l’aurait pas su sans la présence de Kevin. A part pour la mère de John, on pourrait à chaque fois expliquer le comportement des parents. Par ailleurs, je ne montre pas toujours les jeunes sous leur meilleur jour. On peut le voir dans la scène du bus, quand ils s’en prennent à une femme obèse. Avec l’effet de groupe, ils se livrent eux aussi à des actes horribles. Mes personnages ne sont ni noirs, ni blancs en général.

Home pose la question de la responsabilité. Tous vos personnages sont un peu coupables.

Je suis complètement d’accord. Chaque personnage a ses raisons et prend des décisions pour protéger quelqu’un. On peut juger mes protagonistes mais il est très difficile de déterminer à la fin qui est fautif. Les jeunes ont tué une femme mais n’est-on pas soulagé qu’à la fin, ils ne soient pas inquiétés ? J’aime jouer sur ces sentiments ambigus, y compris chez le spectateur. Difficile de décider qui doit être puni.

Sonia, la mère de Sammy, incarne cette ambivalence. Elle va très loin pour protéger son enfant.

Au départ, elle entreprend une action positive et accueille son neveu, à la demande de sa soeur. Mais plus tard elle prend conscience que ce qu’elle a fait n’est pas bien. C’est pour cela qu’elle pleure à la fin.

Une scène, en particulier, me paraît représentative de ses ambiguïtés. Kevin lui fait part de son souhait de reprendre ses études. Elle lui demande pourquoi il ne veut pas poursuivre dans la plomberie.

Qu’une personne à qui elle est venue en aide reprenne confiance et force la déstabilise. C’est plus facile d’aider quelqu’un qui a besoin de vous et qu’on peut contrôler d’une certaine manière. Kevin doit rester ce petit garçon vulnérable et reconnaissant. Il y a, entre eux, une tension sexuelle car c’est encore une très belle femme et Kevin est très séduisant lui aussi. Elle se sent revivre à son contact. Kevin la regarde comme une femme et lui accorde de l’attention, là où son fils la traite par l’indifférence. Je n’avais pas tout à fait conscience de cette tension sexuelle entre les personnages quand nous filmions, à part dans la scène plus évidente où il lui demande ce qu’elle veut de lui. Là, la tension est double. On a peur qu’il la violente.

Kevin est l’élément perturbateur qui va dérégler l’ordre apparent et réveiller la violence et les pulsions.

Oui. Kevin est un personnage simple, sans intentions cachées et je trouvais intéressant de le plonger dans ce milieu-là. On pourra penser que son personnage évolue car, à la fin, il arrive à se dominer face au type qui vient l’importuner. Mais il reste fidèle à ce qu’il est au début. Sous son influence, tout s’ouvre, les douleurs enfouies affleurent. Il lui importe peu d’appartenir à ce groupe. Ce qui compte, c’est sa survie.

Le meurtre de la mère, filmé frontalement, met le spectateur dans l’inconfort. Etait-ce votre objectif ?

Ce meurtre est une explosion. Celle d’un garçon qui, quinze années de sa vie, a connu l’abus. C’est pourquoi le crime devait être brutal. La tension monte peu à peu, jusqu’à atteindre un paroxysme. Dans le documentaire qui a servi de trame à mon film, ils le disaient également. Quand un enfant abusé tue l’un de ses parents, c’est toujours une explosion de violence car toute sa douleur s’exprime à ce moment précis. On s’était dit dès le début qu’on filmerait tout, que la caméra devait être là et que ce serait très réaliste. On a fait comme si les événements n’avaient eu lieu qu’une fois et que la caméra se trouvait sur les lieux à ce moment-là. Les deux garçons entrent dans le salon et découvrent John métamorphosé. Je voulais créer un choc et jouer sur l’ambiguïté des sentiments qu’éprouve le spectateur. C’est ce que permet le cinéma.

DISTRIBUTEUR : JHR FILMS



 


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LES DEUX SALLES SONT ÉQUIPÉES EN NUMERIQUE 4K

Programmation du cinéma du 20 au 26 Septembre 2017

SALLE 1

LA MORT SE MERITE de Nicolas DROLC - (VOF)
Tous les jours : 13h35 (sauf dimanche), 17h20, 20h30, 22h10
Dimanche : 13h00

Mercredi 20 Septembre : Première à 20h30 suivie d’une rencontre avec Serge Livrozet, protagoniste du film et du réalisateur Nicolas Drolc.

Vendredi 22 Septembre : Séance de 20h30 suivie d’un débat.

LAURENT ET SAFI de Anton VASSIL - (VOF)
Tous les jours : 15h15, 20h05

REMBRANDT FECIT 1669 de Jos STELLING - (VOSTF)
Dimanche : 13h10

SALLE 2

HOME de Fien TROCH - (VOSTF)
Tous les jours : 14h40, 18h10

DANS LES PAS DE TRISHA BROWN de Marie-Hélène REBOIS - (VOSTF)
Tous les jours : 13h10 (sauf dimanche), 16h40, 19h00

Jeudi 21 et Mardi 26 Septembre : Séance de 19h00 suivie d’un débat en présence de Marie-hélène Rebois, réalisatrice du film.

KOBLIC de Sebastian BORENSZTEIN - (VOSTF)
Tous les jours : 22h10