ESPACE SAINT-MICHEL

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LES VERSETS DE L’OUBLI de Alireza KHATAMI

SORTIE NATIONALE : 1er Août 2018

1h32– France, Allemagne, Pays-Bas, Chili – 2017

 

SYNOPSIS

Quelque part en Amérique latine.
Le vieux gardien de la morgue se souvient de chaque détail de sa vie sauf des noms, y compris du sien. A la suite d’une manifestation qui a tourné au massacre, les miliciens investissent la morgue pour se débarrasser des civils qu’ils ont abattus.  Après leur départ, le vieil homme découvre le corps oublié d’une jeune femme…

NOTE D’INTENTION

"Les Versets de l’Oubli" est inspiré par des événements tragiques qui me tiennent à coeur. Pendant des années, je n'ai pas eu le courage de revisiter ces souvenirs. Ce n'est qu'après avoir " digéré " ces événements dans une langue et un contexte géographique différents, que j’ai pu en parler et comprendre que l'amnésie historique ouvre la porte à la répétition de la violence. "Les Versets de l’Oubli" répond à la demande éthique de se souvenir du passé et de résister à la violence de l'oubli comme rédemption personnelle. C’est une réflexion sur la politique de la mémoire, c'est un hommage poétique à ceux qui se battent pour rendre justice aux inconnus.

Inspiré par l'Antigone de Sophocle, "Les Versets de l’Oubli" célèbre la désobéissance civile comme vertu. L’Employé des Pompes Funèbres enterre la jeune fille inconnue au mépris de l'État. Il dit Non pour exercer sa liberté et devenir pleinement humain. Il n’attend plus l'État pour construire son histoire. Il écrit sa propre histoire et la transmet aux étrangers. "Les Versets de l’Oubli" ou comment devenir humain et libre.

Pour un cinéaste en exil, il est essentiel de parler un langage universel capable de transcender les langues et les frontières. Au cours des dernières 11 années, ma vie nomade m’a permis de me sentir chez moi partout et m'a appris à tourner le cinéma à mon avantage. En tant que cinéaste iranien en exil, je subis le poids d’un passé tragique. Avec mon premier long métrage, je veux souligner la nécessité de se souvenir des moments tragiques comme condition préalable d’une résistance à venir.

"Les Versets de l’Oubli" est un hommage poétique à ceux qui luttent pour rendre justice aux anonymes. Afin de briser le cycle de la violence, je veux accepter et enterrer le passé.

"Les Versets de l’Oubli" est un voyage personnel pour me permettre de comprendre et d’accepter ma propre histoire.

Alireza Khatam

ENTRETIEN AVEC LE REALISATEUR

Les Versets de l’Oubli est basé sur des histoires vraies. Lesquelles ?

Quelques événements m’ont profondément touché et m’ont conduit à écrire "Les Versets de l’Oubli". Celui que je veux partager avec vous concerne mon enfance. J’ai grandi pendant la guerre Iran-Irak qui a fait des centaines de milliers de morts des deux côtés. Beaucoup de soldats ont disparu lors des innombrables batailles. Le gouvernement les a surnommés les " sans trace ". Le fils de notre voisin était l’un d’entre eux. Pendant 15 ans, ses parents ont espéré qu’il soit encore en vie. Un jour, l’armée a retrouvé une de ses bottes. C’est tout ce qu’ils ont retrouvé de leur fils. Je n’oublierai jamais le jour où j’ai assisté à l’enterrement. Tout le monde savait qu’il n’y avait qu’une botte dans le cercueil. Encore aujourd’hui, ça me brise le coeur.

Un autre événement m’a profondément marqué.

J’avais 7 ans lorsque le père de mon meilleur ami a disparu. Nous étions voisins. J’ai interrogé mon père qui, le visage sombre, m’a fait promettre de ne plus jamais poser de question à ce sujet. Il m’a fallu 15 ans pour découvrir ce qui s’était passé. Durant l’été 1988, cinq à six mille prisonniers politiques ont été exécutés et enterrés dans des fosses communes en Iran. La société a réprimé le souvenir de ces jours sombres.

Cette amnésie collective a ouvert la voie à la répétition de la même tragédie pendant le soulèvement de l’été de 2009. J’ai donc très tôt constaté cette tendance culturelle locale à occulter ou réprimer la récente histoire sociale en Iran. J’ai dû m’inventer une relation critique avec la mémoire politique et sociale de mon pays. Cela m’a naturellement conduit à faire mes premières armes d’activiste en 2000 alors que j’étudiais l’ingénierie à l’université de Shiraz. J’ai vite compris que, pour analyser les vicissitudes de l’histoire, il me fallait acquérir de grandes connaissances théoriques. Ma curiosité intellectuelle m’a alors entrainé vers la philosophie et l’histoire. Bientôt, mes activités sociales et politiques ont éveillé l’attention des autorités et j’ai dû quitter l’université.

Fasciné par le cinéma, j’ai étudié la réalisation et rejoint l’industrie cinématographique iranienne où j’ai eu la chance de travailler avec les plus grands maitres. Cette expérience m’a permis d’explorer ma passion pour un cinéma poétique et philosophique profondément ancré dans une réalité concrète et quotidienne.

Qu’est-il arrivé à partir de ce moment jusqu’à ce que vous écriviez le film ?

J’ai parcouru le monde et découvert des tragédies similaires. Depuis les prisonniers politiques au Chili jusqu’à l’autoroute des larmes au Canada, en passant par la noyade quotidienne des migrants en Méditerranée, les " corps disparus " et leurs souvenirs me hantent partout. En 2004, mon passé d’activiste m’a rattrapé, j’ai dû quitter le pays et je me suis installé en Malaisie pour étudier le Multimédia. J’ai eu la chance de travailler avec plusieurs réalisateurs malais engagés et, avec eux, j’ai appris à traduire mes idées dans un langage universel, celui du cinéma. Pour ma thèse, j’ai réalisé un court métrage sur le rôle de la mémoire et du fantasme dans la construction de notre subjectivité. Ayant passé les onze dernières années de ma vie en exil, j’ai découvert de semblables tragédies partout dans le monde et notamment en Amérique du Sud.

Quand nous avons développé "Les Versets de l’Oubli" avec les producteurs français de la société House on Fire, nous savions que je ne pourrais pas tourner en Iran. Mon parcours et le thème de l’histoire sont des sujets sensibles pour les autorités iraniennes. Alors, j’ai écrit l’histoire pour un pays inconnu. Cela m’a permis de reconstituer les événements dans un autre contexte tout en gardant l’esprit de mon histoire personnelle. Lors de mon séjour à la résidence de la Cinéfondation à Paris pour écrire le scénario, je me suis lié d’amitié avec un résident chilien, Jairo Boisier. Mon histoire lui était étonnamment familière. " Cela aurait pu se passer au Chili ". Cela m’a conforté dans l’idée que "Les Versets de l’Oubli" pourrait se passer dans tout pays connaissant ou ayant connu une dictature.

Une des productrices, Dominique Welinski, qui était en repérages au Chili, m’a envoyé quelques photos. Les similitudes avec les paysages iraniens étaient étonnantes ! La terre sèche, le désert à l’infini, le ciel bleu d’un horizon à l’autre et les villes densément peuplées... Les textures, les couleurs et l’ambiance étaient semblables. Santiago sur fond de cordillère des Andes pourrait être la ville jumelle de Téhéran, aux pieds du mont Damavand.

Le Chili résonne en moi à d’autres niveaux beaucoup plus profonds. "Les Versets de l’Oubli" raconte l’histoire des massacres des étés 1980 et 1988. Ces événements tragiques sont des secrets publics. Tout le monde sait et personne ne parle. Une décennie plus tôt, les mêmes

atrocités ont eu lieu au Chili. L’Iran s’est toujours senti en empathie avec le Chili et a vécu les évènements chiliens comme dans un miroir. Salvador Allende est adulé en Iran.

Les chansons de Víctor Jara circulent sous le manteau de foyer en foyer. Il est le symbole de la lutte pour les droits humains et la justice sociale.

Lorsque des années plus tard, à la suite des élections de 2009, les jeunes manifestants en Iran pleurent : " Nous sommes innombrables ", j’entends les mots de Jara :
Somos cinco milen
esta pequeña parte de la ciudad.
Cinco mil Somos
¿Cuántos Seremos en total en las ciudades y en todo el país?
Solo aqui
diez mil manos siembran
y hacen andar las fabricas.

(Nous sommes cinq mille
dans cette petite partie de la ville.
Nous sommes cinq mille
Combien sommes-nous au total
dans les villes et à travers le pays ?
Juste ici
dix mille mains sèment
et se rassemblent dans les usines).

Les références politiques et historiques chiliennes correspondent à notre histoire. J’ai invité René Ballesteros (également ancien résident chilien de la Cinéfondation) à adapter l’histoire avec moi. Mes éléments poétiques iraniens ont fusionné avec son réalisme magique sudaméricain. Simplicité, minimalisme et pure poétique interagissent avec la magie et le surréalisme. La langue espagnole, en terme de construction, est très proche de ma langue maternelle, le Farsi. Elle nous a offert beaucoup de possibilités de jouer avec les mots, et nous nous sommes engouffrés dans cette fusion culturelle avec enthousiasme.

Vous avez construit un monde unique où le personnel, le politique et le fantastique sont entrelacés.

Dans mon film, le contexte de la mort est une opportunité pour explorer la relation entre l’histoire, la mémoire, l’imagination et le langage. L’effacement de la mémoire et l’amnésie historique ouvrent la route à la répétition de la violence. C’est pourquoi mon film revendique la nécessité de se souvenir comme acte de résistance. "Les Versets de l’Oubli" est un hommage poétique à ceux qui luttent pour obtenir justice pour les inconnus. C’est une tentative de reconnaissance de nos blessures historiques. La reconnaissance mène à la compréhension et, finalement, à la guérison. Avec "Les Versets de l’Oubli", j’espère ouvrir un débat public sur les tragédies secrètes.

Si pendant l’été 1988, les Iraniens avaient résisté contre l’exercice aléatoire et irrationnel du pouvoir, le mouvement de résistance actuel eut été plus efficace. "Les Versets de l’Oubli" c’est aussi l’exploration des limites du langage dans les actes de représentation mémorielle du passé. Ce que l’on voit ne coïncide pas toujours avec ce que l’on raconte : celui qui voit ne parle pas et celui qui parle ne peut pas voir. C’est la dimension " magique " du film. 

DISTRIBUTEUR : BODEGA FILMS



 





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