ESPACE SAINT-MICHEL

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Cinéma Espace Saint-Michel
  
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DERRIERE LES FRONTS de Alexandra DOLS

SORTIE NATIONALE : 8 Novembre 2017

1h53 –France – 2017

 

SYNOPSIS

Ce documentaire dresse le portrait de la psychiatre psychothérapeute et écrivaine palestinienne Dr. Samah Jabr. Elle s’est spécialisée dans les stratégies et conséquences psychologiques de l’occupation palestinienne. Comment cela se manifeste t’il dans les esprits? Quels sont les outils pour y faire face? Son précieux témoignage, qui structure le film, est ponctué par des extraits de chroniques, des interviews de femmes et d’hommes qui partagent leurs histoires, leurs actes de résilience, de résistance.

ENTRETIEN AVEC ALEXANDRA DOLS, REALISATRICE

Comment avez-vous découvert le travail du Dr. Jabr ?

Pour mon précédent film Moudjahidate, sur des engagements de femmes dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, j’ai découvert le psychiatre anticolonialiste Frantz Fanon. Il affirme que la libération nationale ne peut se faire sans une décolonisation des esprits. Un héritage que j’ai retrouvé dans l’écriture et le regard de Samah Jabr qui politisent le psychologique et décèlent les symptômes d’oppressions politiques. J’ai découvert ses textes en 2007 grâce à des sites comme " Chroniques de Palestine ". À l’époque, j’avais une sorte de position de principe anticolonialiste mais ses chroniques m’ont permis de visualiser concrètement la situation, ses récits se sont révélés cinématographiques. Dans ses chroniques d’un quotidien de femme psychiatre sous occupation, elle délivre aussi avec beaucoup d’acuité un diagnostic psycho-politique. Ses écrits tirent leur force à la fois de leur ancrage dans son quotidien, celui de ses patient-es et de sa famille ainsi que d’une rigueur journalistique. Son éthique travaille toute les strates de sa vie et j’aime la manière dont, malgré la férocité de l’occupation, ses textes déjouent un fatalisme implémenté par le pouvoir et se terminent toujours par le rappel, sans angélisme, de perspectives de libération. Ses chroniques m’ont saisie, donné une porte d’entrée sur une réalité complexe et m’ont conduite jusqu’à elle et son pays. La structure du film est d’ailleurs construite à partir d’extraits de ses chroniques.

Votre regard porte sur l’engagement de femmes face à un conflit dur, long et violent. Pensez-vous que le domaine psychologique soit un terrain de résistance " féminin " ?

Autant pour mon film précédent Moudjahidate en 2008, il me paraissait plus pertinent de faire un film sur des engagements de femmes exclusivement, pour parer à l’absence, l’invisibilité… autant pour Derrière les fronts, dix ans après, il s’agit d’un autre contexte. J’ai tenté de m’opposer à certaines représentations médiatiques qui distribuent des images du " bon " et du " mauvais " Palestinien, d’une part les " victimes innocentes " parmi lesquelles on range souvent les femmes et les enfants, et d’autre part ceux que l’on criminalise ou du moins que l’on suspecte. C’est pourquoi le film réunit un front d’individu-es de confessions, de lieux de vie, d’orientations sexuelles et de cultures politiques multiples, tous unis dans un combat contre l’occupation. Ce front est à l’image de la société palestinienne.

Certes la psychologie est souvent présentée comme un domaine féminin mais lorsqu’il s’agit d’aborder les aspects psychologiques liés à la guerre et aux sujets politiques, il me semble que ce sont plutôt des hommes qui ont la parole. Il est amusant de constater qu’avant de voir sa photo, beaucoup de personnes ont cru que le Dr. Samah Jabr était un homme. D’autres supposent d’emblée qu’elle est pédopsychiatre… Il est important qu’une femme, musulmane, portant le hijab, apparaisse sur nos écrans - non pour parler de son voile justement mais de son champ d’expertise.

Vous donnez une dimension politique à ces formes de résistance et de réparation psychologiques. Est-ce pour mieux souligner leur légitimité ?

La guerre psychologique et ses résistances sont invisibles mais ne doivent pas rester impensées. C’est tout l’enjeu de ce film. Comme en témoigne les différents intervenant-es du film, que ce soit au check-point, à l’école, en prison, dans les médias, tout est fait pour attaquer et détruire psychiquement si ce n’est physiquement et symboliquement l’identité palestinienne, les corps et esprits palestiniens. Les Palestiniens répondent à ces attaques par le Sumud : une forme de culture de résilience orientée vers l'action contre l'oppression, qui prend racine au niveau individuel mais qui se mène collectivement... Peut-être de quoi nous inspirer pour les luttes à mener en France.

Au début du film vous prévenez les auditeurs que " certains contenus peuvent heurter la sensibilité des personnes non averties. " À quoi faites vous allusion plus précisément ?

Quelqu'un m'a fait remarquer qu'une séquence sur le recueil de témoignages de personnes torturées l'avait beaucoup heurtée, qu'elle avait agit comme "trigger", un déclencheur, c'est-à-dire comme une scène susceptible de réveiller un traumatisme... Il est donc important d'avertir.

Le travail de montage convoque le coeur et la raison si tant est qu'ils soient séparés. Pour ma part, j'ai vu et lu tellement de choses concernant les méthodes de tortures israéliennes et les violations des droits palestiniens que je me sens parfois guettée par cette potentielle désensibilisation à la violence dont parle le Dr. Jabr dans le film…

Quelles ont été les conditions de tournage sur place ?

Nous n’avions pas d’autorisation de tournage. Cela implique un travail et un stress supplémentaires lorsqu'il s'agit de passer la frontière avec des images que les autorités israéliennes peuvent vouloir contrôler ou confisquer. Bien sûr, cela reste sans commune mesure avec ce que les Palestiniens peuvent endurer lorsqu'ils passent cette même frontière ou un check-point... Dans la période des tournages, une photo-journaliste et un auteur de bande-dessinée se sont vus interdire l'entrée sur le territoire simplement pour des productions artistiques... Voilà qui témoigne des conditions de pratiques artistiques dans cette soi-disant " seule démocratie du Moyen-Orient. " Le film ne s’est pas fait dans des conditions " normales ", il y a eu plusieurs refus de financement et d'accompagnement artistique de la part des institutions culturelles. On est donc parti tourner en équipe réduite, dans une économie de solidarité, modeste dans les moyens mais extrêmement ambitieuse dans ses objectifs - voir parfois un peu folle. Par contre ces difficultés ont été largement compensées par l’accueil, la générosité et la disponibilité dont ont fait preuve les palestinien-nes rencontrés. Des personnes très occupées certes, mais qui ont été patient-es et ont pris le temps de nous accorder de longues interviews - je les en remercie encore ici.

Avez-vous eu des difficultés psychologiques à faire ce film ?

En 2013, lors du premier séjour-tournage en Palestine, face à la violence quotidienne sous toutes ses formes, j'ai rapidement compris que la raison de ce séjour, cette " mission " qui était de faire un film, allait nous structurer et nous protéger psychologiquement. Cela donnait du sens à notre présence, nous n'étions pas là uniquement pour nous " imprégner " , digérer, analyser comme des touristes politiques, nous avions plus que jamais un devoir de production. Il faut dire aussi qu'on a beaucoup ri en Palestine ! Avec l'équipe et au cours de nos rencontres, c'était aussi un bouclier.

Mais je dirais que la principale difficulté psychologique, c'est de savoir qu'il ne s'agit pas d'une lutte passée. C'est vivant, en cours, actuel, et les personnes auxquelles on s'attache en Palestine et plus largement tous les palestinien-nes vivent encore sous la menace d'une arrestation potentielle à tout moment... Les souffrances, les traumatismes et les tortures évoqués dans le film peuvent à tout moment se déclencher ou se renouveler. Car rappelons-le : aucun-e Palestinien-ne, quelque soit son genre, sa classe ou les fonctions qu'il occupe, n'est à l'abri de la férocité de l'occupation.

ENTRETIEN AVEC DR. SAMAH JABR

" Je ne pense pas qu’une libération nationale puisse être réalisée par des personnes qui ne sont pas personellement libérées. (...) Les gens parlent toujours de libérer les terres palestiniennes, mais pour moi il est important de libérer l’esprit palestinien, l’identité palestinienne. "

Qu’est-ce qui vous a poussé à participer au film d’Alexandra Dols ?

L'invitation à participer à son film est tombée à un moment difficile. J'avais été une auteure prolifique de 1998 à 2007, puis j’ai connu quelques années de stagnation dans ma productivité d’écrivaine, car les risques de cette habitude d’écrire ont dépassé largement ses bénéfices pendant un certain moment. Alexandra m'a contacté en 2011. Intéressée par mes écrits, elle voulait m'interviewer et utiliser certains des textes écrits plus tôt comme une base pour son film. Son invitation a provoqué en moi un profond sentiment de désarroi, étant donné que je pensais à l'époque ne plus jamais écrire. Mais dans le même temps cela m'a empli d'espoir et d'enthousiasme : j'ai replongé dans ma vieille addiction, celle consistant à calmer mon esprit agité en couchant sur le papier mes pensées et mes ressentis. Je pensais que le fait d'inclure mes réflexions dans un film français avec l'éventualité d'une distribution internationale pourrait signifier beaucoup pour tous ceux qui dans le monde entier vivent sous le joug d'une oppression du même type, politique ou sociale, avec déséquilibre des forces en présence. Après une année à délibérer et à calculer les risques, la balance a penché vers le oui. Je lui ai répondu que je ferai partie du projet.

Parmi les patients que vous soignez, les plus atteints psychologiquement sont-ils ceux qui sont les plus passifs, qui acceptent l'occupation israélienne ? Ou bien au contraire ceux qui résistent activement à l’occupation ? Voyez-vous un corollaire ?

En travaillant avec des Palestiniens participant à des actes planifiés de résistance à l'occupation – c'est à dire pas des actes impulsifs d'adolescents voire d'enfants –, j'ai remarqué qu'ils sont pour la plupart sûrs d'eux, altruistes et courageux. Ils ont l'intelligence et la sensibilité nécessaires à une réelle compréhension de la douleur causée par l'oppression. Eux considèrent l'occupation comme la maladie et ne se focalisent pas sur leur réaction face à cette maladie. Ils prennent une position très saine face à l'oppression : ils résistent. Mais la résistance entraîne souvent de vives représailles contre eux et leurs familles, si bien que même s'ils survivent à l'emprisonnement, à la torture et à une longue exclusion de la vie civile, ils restent vulnérables à une forme de culpabilité, celle associée aux représailles subies par leurs familles. Certains sont complètement brisés par cette phase, ce qui sert à intimider ceux qui envisageraient de s’engager dans la résistance.

Les lâches, les corrompus et les égoïstes ont plus de facilités à survivre et à trouver des bénéfices à l’occupation. Ceci n’est pas un trait de caractère palestinien, mais un trait systématique du colonialisme, qui fait des ravages et laisse derrière lui des résidus d’humanité. C’est pourquoi les gens habitant dans des anciennes colonies sont laissés pour compte avec une estime de soi brisée, de même que leur système de valeurs et d’identité.

Par votre pratique en tant que psychiatre, vous donnez une dimension politique à la réparation psychologique. Est-ce pour mieux imposer la légitimité de cette forme de soin ?

En tant que psychiatre, j'appréhende les dommages psychologiques infligés délibérément aux individus et à la communauté palestinienne en me basant sur notre réalité sociale, laquelle est la résultante d’une politique bien déterminée. Et je sais qu'on ne peut y répondre seulement en définissant des règles de diagnostic ou en prescrivant des médicaments psychotropes pour les comportements " problématiques ". L'urgence est de défendre les droits de l’homme et de promouvoir la justice. Cette position éthique et professionnelle n'est pas déterminée par un agenda politique. Cela paraît juste la meilleure chose à faire pour le bien-être des personnes en souffrance. Selon certains psychiatres, un garçon jetant un caillou à des soldats des forces d'occupation doit être diagnostiqué comme ayant des troubles de conduite, comme un réfractaire à l'ordre. Un homme récoltant des oranges sur ses terres confisquées peut se voir diagnostiqué comme psychopathe et une femme qui pleure en réaction à la démolition de sa maison, comme hystérique. De même un jeune homme qui s'emporte alors qu'il est provoqué par des soldats est toujours diagnostiqué comme suicidaire, sinon terroriste.

Rien de plus simple que d'apposer de tels diagnostiques sur n’importe quels comportements politiquement " désapprouvés ". Mais ces diagnostics sont toujours appointés par les dominants. Un telle approche empêche d'appréhender un contexte plus général. Elle est au mieux de courte vue. Elle est lâche parce qu’elle tente de " traiter " l’individu et non le contexte pathogène. Tout comme je ne prescrirais pas de médicaments à une femme battue pour qu’elle tolère mieux cet abus, je n'admettrais pas à l’hôpital psychiatrique une personne à cause de son comportement " socialement embarrassant ".

Tout comme j’ai la responsabilité d’informer les autorités d’une agression sexuelle sur mineur avant de traiter l’enfant, j’ai la responsabilité de faire connaître les conséquences néfastes de l’occupation et d'accompagner les personnes souffrant de troubles liés aux injustices subies. Cette position thérapeutique est complètement cohérente avec ma responsabilité professionnelle et éthique. Selon moi, un professionnel de la santé mentale qui utilise l’excuse de l’impartialité ou de la neutralité pour maintenir une position " apolitique " a forcément une position biaisée. Il promeut la dépendance et l’obédience aux dominants.

Je parle aussi en tant que femme palestinienne, qui utilise ses connaissances et son expérience dans le domaine de la santé mentale comme un outil de résistance. Il s'agit de montrer comment l’occupation essaie de détruire notre volonté, notre identité et système de valeurs comme société, et de théoriser comment nous pouvons vivre et survivre de manière créative malgré ces tentatives de destruction.

Entretiens réalisés par Samantha Lavergnolle

 

ALEXANDRA DOLS, REALISATRICE

Diplômée d’un Master II en Création et Réalisation audiovisuelle à Paris VIII Saint-Denis et d’un Master I en Écriture de scénario de fiction à Paris I Panthéon- Sorbonne, Alexandra Dols est auteur-réalisatrice spécialisée dans le documentaire. Son premier documentaire, Moudjahidate, évoque des engagements de femmes dans la lutte pour l’Indépendance de l’Algérie au sein du FLN-ALN : il proposait déjà des jalons d’une réflexion anti-colonialiste. La question des luttes d’émancipations, de libération et leurs histoires individuelles et collectives traverse son travail.

Parallèlement, depuis 2009 elle intervient en milieu scolaire en éducation à l’image.

DR. SAMAH JABR

Dr. Samah Jabr est une psychiatre psychothérapeute et écrivaine palestinienne.

Diplômée de l’université de Al Quds à Jérusalem, de l’université Paris VI et Paris VII à Paris, et de l’Institut israélien de psychothérapie psychanalytique, elle traite les dommages psychologiques de l’occupation israélienne, à la fois au niveau de l’individu et de la communauté palestinienne.

Au cours de ses années d’études elle a été bénéficiaire de plusieurs prix tels que le " Howard Hughes Award for a Research in Biochemistry " et le " International Women in Science and Engineering Scholarship " et le " Dubai Harvard Foundation for Medical Research Scholarship ".

Née à Jérusalem-Est, elle travaille dans plusieurs villes de Cisjordanie. Elle a dirigé le Centre Médico-Psychiatrique de Ramallah et aujourd’hui est à la tête de l’unité de service de santé mentale en Palestine en parallèle de son travail dans le secteur privé comme clinicienne et formatrice. Elle travaille également comme consultante médicale auprès d’ONG locales et internationales (telles que MSF et PMED) concernant l'élaboration et la mise en oeuvre de programmes de santé mentale.

Professeure Adjoint dans des universités palestiniennes et Professeure Adjoint d'enseignement Clinique à l’université George Washington elle intervient aussi auprès de détenu-es en prison et participe bénévolement à un travail de collecte de témoignages, de prisonnier-es qui ont été torturées, selon le Protocole d’Istanbul.

En 2015, elle est à l’initiative avec le UK-Palestine Mental Health Network, d'un appel pour l’engagement des professionnels de la santé mentale pour la Palestine.

La publication de son livre " Derrière les fronts : chroniques d’une psychiatre psychothérapeute palestinienne sous occupation " sortira aux éditions PMN et Hybrid Pulse courant 2018.

DISTRIBUTEUR : VENDREDI DISTRIBUTION



 


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LES DEUX SALLES SONT EQUIPEES EN NUMERIQUE 4K

Programmation du cinéma du 22 au 28 Novembre 2017

SALLE 1

LA EDUCACION DEL REY de Santiago ESTEVES - (VOSTF)
Tous les jours : 15h15, 17h00, 20h25, 22h10
Mercredi, Samedi, Dimanche, Mardi : 13h30

L’ORAGE AFRICAIN de Sylvestre AMOUSSOU - (VOF)
Tous les jours : 18h45

Samedi 25 novembre : Séance de 18h45 suivie d’un débat avec le réalisateur du film, Sylvestre Amoussou.

SALLE 2

KHIBULA de George OVASHVILI - (VOSTF)
Tous les jours : 14h25, 18h20, 20h10 (sauf mardi), 21h55
Mercredi, Lundi, Mardi : 12h40

DERRIERE LES FRONTS de Alexandra DOLS - (VOSTF)
Tous les jours : 16h15
Jeudi, Vendredi, Lundi : 13h10

Samedi 25 novembre : Séance de 16h15 suivie d’un débat en présence de la réalisatrice et de Sbeih Sbeih, docteur en Sociologie, spécialitse de l’aide internationale du développement et la professionnalisation des ONG en Palestine. Chercheur IREMAN à l’université Aix-Marseille.

Dimanche 26 novembre : Séance de 16h15 suivie d’un débat en présence de Omar Slaouti, militant de la campagne B.D.S (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), débat animé par Ady Seddik, interprète sur le film.

L’ASSEMBLEE de Mariana OTERO - (VOF)
Jeudi, Vendredi : 12h40
Mardi : 20h10

VA, TOTO ! de Pierre CRETON - (VOF)
Samedi : 12h45

KALACHAKRA, L’EVEIL de Nathalie FUCHS - (VOSTF)
Dimanche : 12h55