ESPACE SAINT-MICHEL

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Cinéma Espace Saint-Michel
  
PROGRAMME DE LA SEMAINE
Les films commencent 10 minutes après l'heure indiquée (sauf exceptions précisées)
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REPRISE de Hervé LE ROUX

SORTIE NATIONALE : 30 Mai 2018

3h12 –France – 1996

 

SYNOPSIS

Le 10 juin 1968, des étudiants en cinéma filment la reprise du travail aux usines Wonder de Saint-Ouen. Une jeune ouvrière en larmes crie, dit qu’elle ne rentrera pas.

1997 : le réalisateur Hervé Le Roux part à la recherche de cette femme en rencontrant d’anciens ouvriers, militants et syndicalistes, en leur donnant la parole. Cette enquête amoureuse et cinématographique, quasi obsessionnelle, va dérouler un pan d’histoire enfoui.

ENTRETIEN RÉALISÉ LE 7 FÉVRIER 1997 PAE SERGE TOUBIANA POUR LES CAHIERS DU CINEMA (EXTRAIT)

En voyant ton film, j’ai pensé à Truffaut : tu sais que La Chambre verte a failli avoir pour titre La Disparue, une nouvelle de Henry James. Le point de départ de ton film consiste à la recherche d’une femme dont on n’a que l’image, dans un film militant datant de mai 68 : La Reprise du travail aux usines Wonder. Pour la retrouver, tu organises une sortes d’enquête, en fait une cérémonie qui consiste peu à peu à l’entourer, à l’approcher grâce à divers témoignages.

Je n’ai pas pensé à la chambre verte (rires). Mais c’est vrai qu’au départ, il y a cette femme disparue. L’image de cette femme, sa voix, m’obsédaient, je n’arrivais pas à m’en débarrasser. Je tournais autour de cette image, sans savoir comment la montrer à d’autres, comment la transmettre. Au bout d’un moment, j’ai réglé le problème en me disant : je vais la chercher, c’est ce qu’il y a de plus simple, sans construire un dispositif sophistiqué autour.

Qu’est-ce qui fait que cette image pour toi, a fait légende ?

Parce que c’est la révolte, la révolte incarnée… A bas le travail ! Le travail c’est sale, mal payé, et on nous traite comme des chiens. La Fille le dit dans le film de 68 : " Je ne rentrerais pas, je ne mettrais plus les pieds dans cette tôle ". Ce n’est pas un refus théorisé, mais ça me parait un repère de tout ce qu’on a vécu dans les années 70, et après. Cela me touche personnellement. Il y a aussi L’impression que tout ce monde-là, de manière plus général : l’usine, la banlieue, le mouvement social, la classe ouvrière, n’a pas été transmis. Avec les années 80, il y a eu d’un seul coup un changement de socle. Cette mémoire-là, qui se transmettait jusqu’alors de génération en génération, s’est cassée. J’avais onze ans en 1968.

La mémoire que j’en ai m’a été transmise, elle ne m’est pas personnelle. Mais cette mémoire est brisée. Tous les instantanés que nous renvoient aujourd’hui les médias, à propos des banlieues, des grèves, des mouvements sociaux ou du chômage, ne reposent pas sur ce socle de mémoire. Lorsqu’on évoque la banlieue, aujourd’hui, à la télé, personne ne restitue ce passé ; on oublie par exemple qu’à Saint-Ouen, à la fin des années 60, il y avait 40.000 métallurgiste, qui passaient d’une usine à l’autre du jour au lendemain.

En voyant ton film, j’ai pensé que cette femme qui refuse de reprendre le travail incarne aussi, à sa manière, une certaine forme de théâtre. Elle crie, elle sur-joue presque son " rôle " d’ouvrière révoltée.

C’est vrai, le dispositif est très théâtral. Dans le film de 68, il y a, comme par miracle, tous les personnages de la comédie de mai 68 : le délégué cégétiste, le gauchiste, l’ouvrière révoltée mais pas politisée, le chef du personnel avec sa blouse grise… Tout le théâtre de 68 y est présent. Mais en avançant dans le film, on découvre que chacun est venu jouer son rôle. Il y a cette femme, et ces " acteurs " amateurs tout autour…

Le sujet du film est aussi la disparition de la classe ouvrière. Non pas comme réalité, mais comme mythe.

Il existe encore des ouvriers aujourd’hui. Ce qui a peut-être disparu, c’est la classe ouvrière comme ensemble de représentations, de sentiments d’appartenance commune à une entreprise, de relations avec le monde. Bref, la conscience de classe a disparu. Et il y a moins d’ouvriers aujourd’hui, du fait des mutations technologiques et autres. Mais la classe ouvrière, avec tout ce qu’elle suppose de symbolique d’affectif et de mythes ou d’utopie politiques, a sans doute disparue.

Le parallèle est stimulant : le cinéma part à la recherche de son histoire, puisque l’origine de ton film, c’est justement un autre film, dont la démarche consiste à partir à la recherche de la classe ouvrière, à travers l’une de ses figures. Les deux mouvements sont indissociables.

C’est un film sur le cinéma dans la mesure où il pose la question : qu’est-ce que le cinéma si ce n’est une production de mémoire ? La démarche était de retrouver cette femme et, en chemin j’ai rencontré tous ceux qu’on voit dans le film : leurs paroles, leurs histoires, leur mémoire… Tout cela, je ne pouvais le prévoir, sauf de manière abstraite. Je savais que les gens que j’allais rencontrer avaient été ouvriers à Saint- Ouen - C’était une donnée objective. Mais c’est en filmant que j’ai mesuré la manière dont ils rendent compte de leur vie.

Mais ton film n’est pas du tout sociologique, il est structuré par un récit, où tu t’impliques comme enquêteur, une sorte d’inspecteur Clouseau menant son enquête de manière obstinée.

L’enquête était le fil conducteur qui m’amusait et me permettait de jouer avec le spectateur ; c’est ce que tu appelles le côté " Inspecteur Clouseau ". Une manière de jouer sur les codes du film policier, qui allègent un matériau assez lourd constitué par les expériences qu’apportent les gens : leurs conditions de vie et de travail étaient dures, et se sont terminées avec la débâcle de Wonder à cause de Bernard Tapie. C’est toujours Louis Morin, le syndicaliste CFDT, qui dit dans le film : " ça a quand même été dur ! " Donc, l’enquête comme moyen d’alléger le matériau. Ce qui me permet d’éviter la sociologie, c’est de passer du temps avec les gens ; ils ne sont pas convoqués pour dire leur phrase, mais ce sont des personnes qui arrivent avec leurs histoires, ce qui crée un autre rapport à l’écoute.

En rencontrant les différents témoins, est-ce que tu espérais qu’ils t’en disent plus sur cette femme, ou est-ce que tu avais envie de différer ce moment de vérité ?

A chaque fois, le dispositif consistait à leur montrer le petit film de 68, et à les filmer en train de le découvrir. Il pouvait ne rien se passer, certains sont restés les bras croisés sans rien dire. Mais on espérait que l’un ou l’autre nous dise : c’est elle ! A chaque fois, le dispositif était en place pour capter ce moment-là. Cela ne s’est pas passé. Au fur et à mesure des témoignages, on comprend le fonctionnement du travail chez Wonder : Dans les ateliers, c’était tellement dur que les gens ne restaient pas. Une femme dit même qu’il y avait mille arrivées et mille départs chaque année, à l’usine. Et puis trente ans après, on reconnaît pas forcément les gens. C’était aussi le piège du film : ce dispositif consistant à leur montrer tout de suite le film de 68 les plongeait trente ans en arrière. Mais la mémoire des noms est plus aléatoire. Nous étions trois à faire le film : Frédéric Ulmann, l’ingénieur son, Dominique Perrier, la chef op’ et moi : il nous arrivait d’avoir des frissons : il va le dire ! L’un des témoins, Pierre Guyot, dit à un moment : " je la connais ! ", puis la confond avec Liliane Singer, la militante gauchiste. C’était le suspense total pendant le tournage. La première fois qu’on monte le film aux responsable actuels de la CGT de Saint-Ouen, la petite dame montre du doigt : " C’est Adler… C’est Guyot, je le reconnais, il est marié avec… " On attendait de pouvoir filmer ce moment où quelqu’un la reconnaîtrait…

Question simple : qu’as-tu appris en faisant ce film ?

J’ai rencontré des gens ! Ce qui m’a le plus troublé, c’est quand Yvette, l’une des femmes du film, me dit qu’elle a commencé à travailler chez Wonder à treize-quatorze ans. C’est le genre de choses qui vient en direct - d’où l’intérêt de ne pas préparer les entretiens. Au milieu des années 60, on entrait à l’usine à quatorze ans comme O.S. et on y restait jusqu’à la retraite.

C’est une chose que je ne mesurais pas vraiment. Mon premier contact avec les gens que je désirais filmer se passait par téléphone. La plupart me demandant qui j’étais, et ce que je faisais en 68, et si c’était moi qui avais fait le film sur la reprise du travail chez Wonder. Je répondais toujours la même chose, que j’avais onze ans en 68… Mais d’un seul coup mon alibi d’indépendance par rapport à la période en prenait un sérieux coup, puisqu’eux à quatorze ans, étaient déjà à l’usine.

Comment vois-tu la diffusion de ton film ?

Ce qui m’a frappé dès les premières projections, c’est qu’il parle à toutes les générations. Aussi bien ceux qui y retrouvent leur propre histoire ou leurs propres conditions de travail, que ceux qui ont vécu 68. Quant aux jeunes, ils sont littéralement hallucinés par ce qu’ils apprennent dans le film. Il y a aussi les différents niveaux de lecture possibles, qui fait que le film s’adresse à un public varié.

Au fond, ton film aurait pu avoir pour titre " Lettre à une inconnue ? "

Une inconnue, c’est le matériau romanesque par excellence. Et la démarche amoureuse consiste à retrouver une inconnue dont on a vu l’image.

BIOGRAPHIE DE HERVÉ LE ROUX

Journaliste et critique, notamment aux Cahiers du Cinéma, il participe, en compagnie de Philippe Arnaud et de Dominique Païni à la programmation cinéma du Festival d’Automne à Paris (1984/87) : rétrospectives intégrales Bresson, Eustache, Becker.

Il est assistant-réalisateur sur " Incognito " d’Alain Bergala et sur les courts-métrages " L’Ourse Bleue " (Marc Chevrie) et " Tu m’as dit " (Renée Falson) (1988/90). Puis il écrit et met en scène " Grand Bonheur ", film choral sur une bande d’étudiants fauchés déambulant dans Paris et montant une revue, présenté à Cannes, en ouverture de la section Cinémas en France en 1993. Il change radicalement de registre avec son deuxième film : " Reprise " (1996), documentaire sur la mémoire du monde ouvrier. Puis il revient à la fiction avec " On appelle ça… Le printemps " (2001), comédie de moeurs sur 3 femmes en rupture de conjugalité qui rappelle " Grand Bonheur ", mais en plus loufoque. A partir de 2002, il collabore, en tant que conseiller à la mise en scène, à l’association EMERGENCE, animée par Elisabeth

Depardieu, tout en intervenant à la FEMIS et à ARCHIDOC. En juillet 2017, Hervé Le Roux est retrouvé mort à son domicile à Poitiers. Il était en post-production de son dernier long-métrage : " A quoi pense Madame Manet (sur son canapé bleu) ? " qui a été finalisé de manière posthume par Les Films d’Ici.

DISTRIBUTEUR : JHR FILMS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 


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LES DEUX SALLES SONT EQUIPEES EN NUMERIQUE 4K

Programmation du cinéma du 18 au 24 Juillet 2018

SALLE 1

LES AMANTS CRUCIFIES de Kenji MIZOGUCHI - (VOSTF)
Mercredi : 13h00
Vendredi : 22h05
Lundi : 15h00

AU GRE DU COURANT de Mikio NARUSE - (VOSTF)
Mercredi : 14h50
Dimanche : 20h10
Lundi : 16h55

LA PENDAISON de Nagisa OSHIMA - (VOSTF)
Mercredi : 16h55
Lundi : 12h55

RAN de Akira KUROSAWA - (VOSTF)
Mercredi, Samedi, Lundi : 20h40
Dimanche : 15h25

LE GRONDEMENT DE LA MONTAGNE de Mikio NARUSE - (VOSTF)
Jeudi : 13h00
Mardi : 16h35

LA RUE DE LA HONTE de Kenji MIZOGUCHI - (VOSTF)
Jeudi : 14h45
Samedi, Mardi : 13h00
Dimanche : 22h15

LE CHATEAU DE L’ARAIGNEE de Akira KUROSAWA - (VOSTF)
Jeudi : 16h20
Mardi : 20h10

CONTES CRUELS DE LA JEUNESSE de Nagisa OSHIMA - (VOSTF)
Jeudi : 20h10
Dimanche : 13h35
Mardi : 22h05

SANJURO de Akira KUROSAWA - (VOSTF)
Jeudi : 21h55

JE NE REGRETTE RIEN DE MA JEUNESSE de Akira KUROSAWA - (VOSTF)
Vendredi : 13h50
Mardi : 14h35

LA VIE D’O’HARU, FEMME GALANTE de Kenji MIZOGUCHI - (VOSTF)
Vendredi : 15h50
Samedi : 16h35

NUAGES EPARS de Mikio NARUSE - (VOSTF)
Vendredi : 20h10
Samedi : 14h35

SALLE 2

BRODRE : MARKUS ET LUKAS de Aslaug HOLM - (VOSTF)
Tous les jours : 13h25 (sauf samedi), 20h00

HEDY LAMARR de Alexandra DEAN - (VOSTF)
Tous les jours : 15h20
Mercredi, Samedi, Lundi : 19h00
Jeudi, Vendredi, Dimanche, Mardi : 18h20

TROIS CONTES DE BORGES de Maxime MARTINOT - (VOSTF)
Tous les jours : 17h00
Mercredi, Vendredi, Dimanche, Mardi : 21h55

JERICO, LE VOL INFINI DES JOURS de Catalina MESA - (VOSTF)
Tous les jours : 18h30
Jeudi, Samedi, Lundi : 21h55


FILLES DU FEU de Stéphane BRETON - (VOSTF)
Samedi : 13h50